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Il existe un pays où l’on prie Dieu, où l’on considère que les étrangers ne sont pas les bienvenus, où l’on travaille dur, où l’on mange des « pierogi », où les femmes n’avortent pas, et surtout où l’on est protégé de « l’idéologie LGBT ».

Cela n’est pas un pays imaginaire. C’est la Pologne du parti nationaliste Droit et justice (PiS), au pouvoir depuis 2015.

Le gouvernement conservateur du PiS a déjà porté atteinte à l’indépendance de la justice, refusé de respecter les quotas de réfugiés fixés par l’Union européenne et s’est battu pour restreindre davantage encore le droit à l’avortement dans le pays. Il tente désormais de protéger l’identité chrétienne» de la nation polonaise en créant des zones « LGBT free » (traduction : sans LGBT) à travers le pays.

L’année dernière, en prévision des élections législatives, le PiS avait lancé une propagande contre les droits des personnes LGBT. Faisant de l’homophobie un axe central de sa campagne, le PiS avait tenté de mobiliser l’électorat conservateur polonais tout en détournant l’attention médiatique de ses rivalités internes et autres scandales de corruption.

Les personnalités politiques du parti n’hésitent pas à qualifier publiquement la communauté LGBT de « peste arc-en-ciel » et de « menace pour la nation ». La Pologne fait partie des six pays de l’UE qui n’ont pas légalisé le mariage homosexuel (avec la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Lituanie et la Lettonie), et les discriminations et agressions à l’encontre des personnes LGBT n’y sont même pas considérées légalement comme des crimes de haine.

L’apogée de l’homophobie du PiS est néanmoins atteint par la déclaration de 80 municipalités qui promettent d’expurger de « l’idéologie LGBT » les foyers, écoles et bureaux. Des motions ont été votées en ce sens dans des villes qui se déclarent désormais zones «LGBT free».

Comme souvent, les minorités sexuelles discriminées en Pologne doivent se battre seules. « Le PiS prétend protéger la Pologne des personnes homosexuelles, avec leurs croix et leurs poings. C’est une nouvelle chasse aux sorcières », ajoute Bart Staszewski, qui confie être à la fois « effrayé et fier »en tant qu’homme homosexuel en Pologne. Il est à l’initiative de la dernière campagne contre l’homophobie gouvernementale, pour laquelle il a photographié des personnes LGBT devant les panneaux « LGBT free » à l’entrée de leurs propres villes. Les activistes ont ainsi répliqué aux tentatives du gouvernement de remettre les homosexuels « au placard ».

« Ne vous y trompez pas, les gens en Pologne sont bien plus tolérants envers la communauté LGBT que notre gouvernement », explique l’activiste.


Inna Shevchenko. Charlie Hebdo. 19/02/2020