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Cette fois, l’investissement « vert » va vraiment changer le monde.

La preuve immédiate par ce contrat signé entre Aéroports de Paris-ADP Gazel Energie et Urbasolar. Paris-Charles-de-Gaulle, Paris-Orly et Paris-Le Bourget vont être alimentés par l’énergie solaire (1). Cette belle prise de conscience réjouit le coeur triste de tant de Cassandre de mon espèce.

Quand ? Bientôt, quand seront achevées des centrales solaires en construction dans le Gard, le Var et en Charente. À terme, pas moins de 10% de la consommation énergétique de ces trois installations viendront (presque) droit du soleil.

On ne parle pas des 90% qui resteront ni du transport aérien lui-même, qui doit doubler d’ici à 2037, nécessitant la construction de dizaines de milliers d’avions et de quelques (au moins) aéroports nouveaux.

Ce n’est donc que foutaise? En effet. La grande et protéiforme croyance dans « l’investissement vert » domine aujourd’hui bien des discours sur la crise écologique planétaire. Et ce qui est digne du plus vif intérêt, c’est que cette nouvelle mythologie unit (certes sur des bases différentes) le discours économique et le business, Mélenchon ici, Bernie Sanders là-bas, la plupart de ces « écolos » si raisonnables, etc. On n’est pas tenu d’être d’accord.

[…]

Tout le monde (OCDE, ONU, FMI, Banque mondiale) veut la sainte « transition écologique », et l’on jongle ainsi avec des centaines, voire des milliers de milliards d’euros. […] Il s’agit globalement de passer d’un monde à un autre par des injections massives de capitaux dans… quoi, au fait?

Un article de très haute qualité entend faire le point sur ce qu’il faut bien appeler un délire (2).

Son auteur, Nelo Magalhaes, est un chercheur qui travaille avec des gens hautement recommandables, comme François Jarrige, Christophe Bonneuil ou Jean-Baptiste Fressoz. On ne peut évoquer ici toutes les pistes ouvertes, mais on doit en tout cas insister sur un point : le consensus croissant sur la nécessité d’investissements « verts » massifs cache un vide complet.

Par-delà des différences réelles, Magalhaes réunit tous leurs adeptes sous la bannière piviste (3). Chez les pivistes, on n’interroge jamais le sens profond et les pénibles questions posées par ces dépenses massives, car l’on est dans le monde enchanté des solutions. L’économie ayant tout envahi, ces gens se montrent incapables de sortir de son cadre. Il faut, parce qu’il faut.

L’exemple du dérèglement climatique est frappant. Une partie du mouvement altermondialiste, des ONG comme 350.org ou le projet Pacte Finance-Climat sèment l’illusion que la crise est réductible à la concentration de CO2 dans l’atmosphère et qu’en orientant la finance dans la « bonne » direction on aurait trouvé le remède.

Tout cela pour rien, ou presque. […]


Fabrice Nicolino.  Charlie hebdo. 19/02/2020


  1. clubic.com/energie-renouvelable/actualite-884914-aeroports-parisiens-alimentes-10-energie-solaire.html
  2. terrestres.org/2020/02/06/combien-pour-squver-la-planete-la-fuite-en-avant-des-investissements-verts
  3. Piviste, de PIV, pour « Paradigme des Investissements Verts ».