Comment redonner le goût du poisson aux Français ?

Chaque année, nous consommons en moyenne 34 kg de poisson et fruits de mer, contre 36 kg il y a dix ans. Une arête dure à avaler pour nos 15.000 marins pêcheurs.

Afin que les nouvelles générations retrouvent le chemin des poissonneries, le lobby tricolore de la pêche a concocté un « kit pédagogique gratuit» destiné aux enseignants de CM1 et CM2. La trousse offerte aux profs comprend des « fiches d’exercices », des « livrets d’activités » pour les élèves et même une « affiche » pour la classe. Joliment intitulé « Poissons, coquillages et crustacés », ce matériel éducatif, dûment labellisé par le ministère de l’Agriculture et par la Commission européenne, annonce l’objectif : « Développer la consommation de produits aquatiques chez les jeunes ».

Dans la fiche « Trop bons pour la santé, trop bons pour se régaler », on apprend que « les poissons, coquillages et crustacés sont indispensables au développement et au fonctionnement du système nerveux » ! Et que, de ce fait, il faut en manger « au moins » deux fois par semaine. A une arête près, la locution adverbiale « au moins » ne figure nulle part dans les recommandations des autorités officielles. En revanche, le kit passe sous silence la mise en garde de l’Agence nationale de sécurité sanitaire- de l’alimentation- de l’environnement et du travail (Anses) sur les métaux lourds, qui plombent, notamment, les vieux thons. Quant à l’espadon, l’Anses conseille carrément de ne pas en mettre dans l’assiette des femmes enceintes et des enfants en bas âge, à cause du méthyl-mercure, toxique pour le système nerveux…

Dans la fiche « Qui sont les poissons ? », les élèves apprennent à différencier la poiscaille des coquillages, mais pas un mot sur les poissons menacés par la surpêche. Tant pis pour le thon rouge, le mérou, le merlu, le bar et le cabillaud, parmi les 40 espèces surexploitées. Le fameux kit pédago a fait monter au filet l’ONG Bloom, dédiée à la protection des océans, et l’association de consommateurs Foodwatch.

« A aucun moment les documents distribués aux enfants n’évo­quent les conséquences désastreuses pour l’environnement de la pêche industrielle, qui ramène pourtant la majorité des poissons que nous mangeons », s’agace Mathieu Colléter, l’un des responsables de Bloom.

De là à conclure que ça pêche par omission…


Article non signé lu dans Le Canard Enchainé. 19/02/2020