Linky fait des siennes !

Si, à Paris,les candidats ne cessent de pondre des projets grandioses (un Central Park jardin géant là…), sur le terrain on en reste à l’usine à gaz. Voyez rue de Trévise.

Aussitôt après l’explosion du 12 janvier 2019, qui a fait quatre morts et 66 blessés, l’électricité y est coupée (et le gaz aussi, bien sûr). Et elle l’est encore, puisqu’une partie est condamnée, avec une centaine d’appartements sinistrés toujours interdits d’accès. Mais que vient de trouver dans sa boîte aux lettres un habitant du 4 rue de Trévise ?

Un avis l’informant que les poseurs de « compteurs intelligents » (sic) Linky vont bientôt passer chez lui et qu’il doit leur faire bon accueil. Alors qu’il n’a même plus accès à son immeuble ! Pas très « intelligent »…

Il n’est pas le seul dans ce cas.

D’autres anciens résidents de la rue explosée ont eu des surprises des factures prévisionnelles d’électricité (pour des appartements qu’ils ont quittés voilà un an), et même des factures d’arriérés et de résiliation du gaz (mais GRDF a fait un geste commercial : 50 euros de rabais sur une facture de plus de 400 euros, par exemple)… Royal.

Les habitants n’ont pas fini de devoir se débrouiller. Pas moins de 19 cabinets d’avocats sont sur l’affaire. Des experts en veux-tu, en voilà. Et deux grands responsables potentiels qui se renvoient la balle : la Mairie de Paris et GRDF. Ce dernier a fort à faire. Une nouvelle fuite de gaz a été détectée fin janvier, à deux pas du lieu de l’explosion, devant le 20 rue Bergère. « Quand vous avez remis le gaz chez nous, en avril, vous n’avez pas fait les vérifications nécessaires ! Nous vous avons alertés à répétition, quatre de vos sous-traitants se sont succédé… » s’énerve une habitante. « Nous avons fait tous les tests d’étanchéité qu’il fallait », assure GRDF.

« Pourquoi donc avez-vous décidé, en août dernier, soit sept mois après l’explosion, d’entamer dès ce mois-ci de grands travaux sur le réseau de gaz dans tout le quartier ? » demande Dominique Paris, la présidente de Trévise ensemble, l’association des victimes.

Juste un hasard de calendrier, lui répond-on. : « Il s’agit de travaux réalisés dans le cadre du plan de prévention pour la crue centennale de la Seine. » Original.

Autre grand débat : la création d’un fonds d’indemnisation, demandée par les victimes et appuyée par la maire LR-EM du IXe, Delphine Bürkli.

Même si les assurances ont commencé à sortir le portefeuille, les 66 blessés officiels (sans compter les traumatisés psy, qu’on ne compte pas), les 200 personnes à la rue et les dizaines de salariés des hôtels se retrouvant du jour au lendemain au chômage sont aujourd’hui confrontés, pour beaucoup, à des problèmes financiers.

Interpellés sur ce sujet par la maire du IXe, Edouard Philippe et Nicole Belloubet ont répondu que l’Etat n’avait pas à abonder pareil fonds puisqu’il n’est en rien concerné dans l’histoire.

Le représentant de la Mairie de Paris a expliqué qu’il y était très favorable mais que, malheureusement, des règles juridiques lui interdisaient d’y mettre un sou. Et le représentant de GRDF a longuement expliqué que, certes, la « responsabilité du fait des choses » (c’est quand même bien un tuyau de gaz qui a fait tout exploser) était sienne, mais il s’est abrité derrière un arrêt de la Cour de cassation concernant la « présomption de responsabilité sur l’assureur de l’immeuble » (sic) pour dire qu’il ne fallait pas compter sur GRDF pour entrouvrir sa bourse.

Bref, tout gaze !


Article signé des initiales J. C. – Le Canard enchaîné. 19/02/2020