Loulou vise Perpignan, gnan, gnan !

Pour les municipales, l’ex-compagnon de Marine Le Pen joue la bonhomie à Perpignan mais se montre discret sur l’étiquette.

Louis Aliot. Il est rond, patelin, enveloppant, accent chantant, tout en sourires, n’aime pas l’affrontement. Parfois, il joue les bêtas, et ça marche, on oublie qu’il a un DEA de science politique et un doctorat en droit. Son gabarit lui permet de faire partie du club des députés rugbymans, où tout le monde lui serre la main.

A l’Assemblée, où il n’est guère présent, personne ne dira de mal de l’ex-compagnon de Marine Le Pen, car personne ne l’a croisé. « Aliot, je ne l’ai vu qu’à la télé ! Il est comme presque tous les députés RN à part Chenu, très discret, vraiment peu présent en commission », rigole le député MoDem Jean-Louis Bourlanges. Christophe Di Pompeo, député LRM, fouille dans sa mémoire : « Si j’ai vu Aliot à l’Assemblée ? Bonne question. Ben non, jamais. » Député, non, ça ne lui dit trop rien, à celui qui a avoué : « On a vite fait le tour. » Il est pourtant élu depuis deux ans seulement.

En revanche, quand il est à Paris, il rate rarement une bonne bouffe avec ses copains du RN, les deux eurodéputés Jérôme Rivière et Jean-Lin Lacapelle. Si Louis Aliot n’est pas près du burn-out à l’Assemblée, il ne se foule pas trop la rate non plus à Perpignan, où ses nombreuses absences au conseil municipal font l’objet de commentaires acides n’ayant pas l’air d’émouvoir ses partisans (30 % si l’on en croit les sondages). L’excuse est toute trouvée : « Loulou » séchait les réunions à Perpignan car il était, jusqu’en 2017, député européen, c’est pourtant simple à comprendre. Pas le temps, Loulou.

Mais une malicieuse ONG, Vote Watch, qui suit attentivement l’activité des élus européens, a épinglé la relation pour le moins distanciée qu’entretenait Loulou avec l’enceinte du Parlement. En 2016, il était parmi les trois eurodéputés français les plus cossards. On comprend qu’il ait toujours le teint frais.

Tranquille le matin, cool le midi, peinard le soir, telle est la vie de Louis, qui a coutume de répondre, quand on lui parle d’un dossier dont il est chargé et qui n’avance pas : « Oui, oui, je m’en occupe, mais, tu sais, c’est difficile… »

Aliot est un malin. Quand on évoque sa possible élection à la mairie, ce qui mettrait pour la première fois une ville de plus de 100.000 habitants dans l’escarcelle du RN, il ne fanfaronne pas, tentant d’éviter la reconstitution du front républicain qui lui fut fatal aux municipales de 2014 : « Je suis un faux favori. »

Oui, mais un vrai finaud, qui fait campagne sans étiquette, lui qui fut directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen et organisateur de sa campagne de 2002, et ne cesse de rappeler qu’il déserte désormais les instances dirigeantes du RN, alors qu’il bat des records de popularité au parti et y a sa carte depuis trente ans. D’anciens collaborateurs du maire sortant, le RN Jean-Marc Pujol, ont rejoint sa liste, vous voyez bien qu’il n’est pas sectaire.

Il n’a plus que sa ville à la bouche, une ville (32 % de taux de pauvreté, 25 % de chômage) dont il veut empêcher la « dérive marseillaise », n’hésitant pas pour cela à forcer le trait : « On commence à entendre le bruit des kalachnikovs. » Mais, en 2019, cet amoureux de Perpignan, très attiré par les projecteurs, a pourtant tenté jusqu’au bout d’être tête de liste RN aux européennes. Devant le refus de Marine Le Pen, il s’est replié sur la ville, lançant un martial : « Je préfère Perpignan à toute autre forme d’engagement politique national et européen. »

Épaulé par son pote Robert Ménard, quasi certain d’être réélu à Béziers, Loulou le cossard peut compter sur l’indigence de l’opposition. Le maire sortant, dont le bilan est jugé « médiocre ou mauvais » par un habitant sur deux (enquête Ipsos du 6 février), dit d’ Aliot que « ce n’est pas un extrémiste », le député LR Romain Grau est plombé par sa qualité d’énarque proche de Macron, la gauche est faiblarde.

Mis en examen dans l’affaire des assistants parlementaires RN au Parlement européen, Aliot n’en n’est pas à une contradiction près. Ce défenseur acharné d’Israël (tendance Liberman), qui a toujours combattu avec vigueur l’antisémitisme dans son parti, a pourtant d’étranges amitiés. Son homme à tout faire, un certain Laurent Latruwe, vient de l’œuvre française (un mouvement qui ferait passer Soral pour un antisémite modéré et a signé un ouvrage injustement méconnu, une « Histoire des Waffen-SS albanais, des origines idéologiques aux débuts de la guerre froide »).

Aliot, ce gars patelin, faisait preuve d’une belle énergie quand il fallait organiser les purges au sein de ce qui était encore le FN. Sus aux mégrétistes, ces traîtres, ces nazillons, qu’on les vire. Sus aux « marionistes », ces responsables de la dérive droitière du FN, qu’on les dégage. A Nanterre, siège du parti, on appelle encore ce faux gentil « Loulou la purge ».

C’est joli, comme petit nom.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 19/02/2020