Pas mieux peut-être même pire !

Le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, a été de tous les coups portés à la Sécurité sociale depuis 2017, défendant l’austérité et tentant de supprimer huit mentions sur neuf de la Sécu dans la Constitution.

Olivier Véran [succéde donc] à Agnès Buzyn, depuis un certain temps il rêvait à ce poste et en parlait ouvertement. Celui qui était jusqu’à présent rapporteur du volet organique de la réforme des retraites se retrouve propulsé tout en haut, au-dessus de Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État chargé de la réforme.

Cela n’augure rien de bon pour les Français.

Le nouveau ministre de la Santé est surtout connu pour s’être attaqué frontalement à la Sécurité sociale, en juillet 2018. En plein examen de la réforme de la Constitution, le député LR-EM de l’Isère fait voter un amendement afin de supprimer huit mentions de la Sécurité sociale sur neuf dans la loi fondamentale. Son objectif était d’inscrire le terme de « protection sociale » à la place. […]

Le projet de Véran, […] avait suscité une telle indignation que le gouvernement avait été forcé de reculer. […] À l’époque, le nouveau ministre poursuivait un vieux rêve de la droite. À savoir « absorber la loi de finances de la Sécu dans la loi de finances tout court », analysait Frédéric Pierru, sociologue de la santé. Avec pour but de « stabiliser la part des dépenses sociales par rapport au PIB », ajoute le chercheur au CNRS. […]

En 2017, c’est Olivier Véran qui est choisi par la majorité macroniste pour devenir rapporteur des budgets de la Sécu. Dès le premier d’entre eux, il défend mordicus une coupe de 4,2 milliards d’euros, dont 1,2 milliard rien que pour un hôpital public déjà exsangue. « En trois ans, il a retiré 3,1 milliards d’euros à l’hôpital public. Il est comptable de la situation catastrophique dans laquelle se trouvèrent les soignants et les soignés », assène Alain Bruneel. Les syndicats des professionnels de santé ont d’ailleurs vertement accueilli, dimanche, le nouveau ministre.

« Pour nous, mettre comme ministre celui qui avait été à la manœuvre pour faire voter la loi de finances qui motive aujourd’hui le mouvement à l’hôpital, ça frise la provocation », a réagi Christophe Prudhomme. Le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France  […]

Alors que les démissions, y compris de chefs de service, se multiplient dans l’hôpital public pour protester contre le sort qui leur est imposé par le gouvernement, Olivier Véran a annoncé, hier, vouloir lancer « une enquête nationale pour consulter les hospitaliers, pour tenter de saisir le sens de leur engagement et les raisons du mal-être ».  […]

Pour amadouer son monde, Olivier Véran assure comprendre les hospitaliers. « J’ai été aide-soignant de nuit, j’ai été médecin », rappelle le neurologue, devenu député PS en 2012 quand Geneviève Fioraso, dont il était suppléant, a été nommée ministre par Hollande. Il a ensuite suivi Macron, dont il était le référent santé lors de la campagne de 2017. Il assure encore aujourd’hui avoir « le cœur à gauche », et a parfois soutenu des propositions courageuses sur le prix des médicaments, l’aide médicale d’État, le cannabis thérapeutique ou la question de la fin de vie. Il s’était un temps dressé contre le fait de faire supporter les mesures dédiées aux gilets jaunes au budget de la Sécu. « Mais il finit toujours par se soumettre à Macron et n’est surtout pas de gauche. Quand on s’attaque à des droits fondamentaux comme les services publics, la retraite ou la cotisation sociale, on n’est pas de gauche », tranche Alain Bruneel.

[…]


Aurélien Soucheyre. L’Humanité. Titre original : « Olivier Véran, un adversaire déterminé de la Sécurité sociale ». Source (Extrait)