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La semaine dernière, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a tiré la sonnette d’alarme au sujet d’un nouveau virus

Dans un rapport qu’elle a largement diffusé auprès des médias, l’Anses demande aux pouvoirs publics de se préparer à l’arrivée en France du Tomato Brown Rugose Fruit Virus, ou ToBRFV de son petit nom.

Trois de nos voisins sont déjà touchés (l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne) et il n’existe en cas de contamination « aucun traitement efficace ni de variété résistante ». La seule solution, quand la cochonnerie est détectée, c’est l’arrachage !

Autant dire des jours rudes en perspective pour nos maraîchers, qui font pousser chaque année 683.000 tonnes de tomates, auxquelles s’ajoutent 40.000 tonnes récoltées par les jardiniers amateurs.

Avec 14 kilos par foyer et par an, ce fruit, souvent pris pour un légume, est le premier produit potager consommé dans l’Hexagone.

Question naïve : consommer du tobamovirus en ratatouille ou en sauce tomate peut-il être nocif ? A aucun moment Anses n’évoque ce sujet.

Interrogé par « Le Canard » sur cet oubli, l’un de ses experts explique que « la question des éventuelles conséquences sur la santé n’était pas couverte par la saisine ». Sûrement trop anecdotique… Si à ce jour aucune maladie humaine n’est associée au tobamovirus, dès 2010 une étude publiée dans la prestigieuse revue scientifique « Plos One » montrait qu’un virus de plante pouvait bel et bien s’attaquer à l’homme.

Comme l’avait à l’époque raconté le Volatile (7/4/10), des chercheurs de la faculté de médecine de Marseille ont démontré qu’un virus de la famille des tobamovirus, en l’occurrence celui du piment, peut vous refiler douleurs abdominales, crises de démangeaison, voire fièvre de cheval.

Les mêmes virologues ont souligné que, dans les services de dermatologie, 35 % des patients étaient positifs au virus en question. Lequel est présent dans les sauces à base de piment comme le Tabasco.

En fait, on ne sait pratiquement rien sur les virus de plante qui fourmillent dans notre tube digestif.

Voilà un sujet qui mériterait d’être au menu du Conseil mondial de la tomate d’industrie, qui se tiendra le mois prochain en Argentine.

Rappelons que la tomate transformée représente un quart de la production planétaire et 10 milliards annuels de chiffre d’affaires.

Vous reprendrez bien une tomate farcie au tobamovirus…


Article non signé paru dans : « Le Canard enchaîné ». 12/02/2020