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Il lui reste encore de l’énergie, à Gilles Le Gendre, encore assez en tout cas pour aller dire des trucs énormes sur RTL, la semaine dernière, avec une tête de premier communiant.

Dessin de Kiro – Le Canard enchaîné. 12/02/2020

De sérieux couacs dans la majorité, depuis l’affaire du congé parental pour deuil ? Que des menteries, si, si. « Ce sont les réseaux sociaux qui ont développé nos oppositions, qui ont essayé de monter cela en épingle. » Pas mal trouvé, il fallait oser.

Le Gendre est rarement décevant, dans son style. Elu à la tête du groupe parlementaire en septembre 2018, il décrit ainsi ses troupes : « C’est un repaire de talents formidables, une écurie de pur-sang à la robe frémissante. »

Aujourd’hui, les pur-sang ont moins fière allure, sans doute fatigués de voir Gilles Le Gendre, leur palefrenier, leur fouetter les flancs à la moindre incartade. Il annonçait la couleur trois jours après sa nomination, lançant sur Twitter : « L’autorité du groupe parlementaire, c’est une main de fer dans un gant de velours. J’ai la main de fer et le gant de velours. » Toujours aussi modeste, il expliquait trois mois plus tard : « Nous avons probablement été trop intelligents, trop subtils, dans les mesures de pouvoir d’achat. » Un franc succès !

Aujourd’hui, son côté fayot et son éternel enthousiasme (à la demande) lassent un brin ses troupes. Ce partisan de la « réforme », qui se gargarise encore de mots comme « challenger » et « impacter », a du mal à calmer les pur-sang avec le sabir macronien de 2017. Ras le bol d’attendre en vain un rendez-vous d’un ministre qui a toujours mieux à faire, ras le bol de cette image de techniciens butés, de toutous du régime.

Le mot de Macron les tançant pour leur manque d’humanité a mis le feu aux poudres. Allez, les p’tits gars, on monte au front, on mouille la chemise, mais sachez que le Président ne vous couvre pas ! « Aurore Bergé, la bonne élève exaspérante, qui soudain se révolte et demande qu’on arrête de les traiter de « cons », il fallait le faire ! » rigole un communicant. Sans oublier la numéro 2 du groupe, Marie Lebec, qui évoque « une erreur de management du gouvernement et du groupe ».

Dix parlementaires LRM sont déjà partis, et d’autres rêvent de les rejoindre pour fonder un parti plus à gauche et plus écolo. « En comptant les défections, il y aurait une vingtaine de Marcheurs ou ex-Marcheurs tentés par l’aventure », croit savoir un député LRM. Environ 60 députés sont régulièrement absents, d’autres rêvent de défendre leurs propres idées, sans l’aval du groupe. A part ça, comme dit Le Gendre, « nous travaillons fort bien tous ensemble ».

« Le Gendre, en fait, c’est le vieux monde. Il a le plus grand mal à comprendre ce groupe, composé majoritairement de novices venus du privé, des gens qui ont passé leur vie à ironiser dans leurs entreprises respectives sur la faillite des partis politiques. Ces nouveaux parlementaires, qui réalisent qu’être député ce n’est plus grand-chose, vivent très mal le caporalisme qu’on leur impose et le pouvoir donné au sein du parti à des vieux briscards comme Alain Richard, qui n’a jamais été qu’un pur apparatchik socialiste », analyse un parlementaire MoDem.

La gestion par Gilles Le Gendre de la succession de Sabine Thillaye n’est pas faite pour calmer les tensions. Sabine Thillaye, qui a refusé de remettre en jeu son mandat de présidente de la commission des Affaires européennes, a été virée du groupe LR-EM. Soutenue dans son combat par l’écrasante majorité de son bureau, du MoDem Jean-Louis Bourlanges au communiste André Chassaigne, en passant par Bernard Deflesselles (LR), la rebelle, désormais présidente de commission sans étiquette, s’est vu retirer son principal collaborateur, un fonctionnaire de l’Assemblée, déplacé avec une brutalité incompréhensible.

Les parlementaires de la commission, vent debout, estiment que Le Gendre, pour faire payer à Thillaye son insoumission, désorganise volontairement les travaux menés jusqu’à présent. Beaucoup de parlementaires LR-EM se disent « mal à l’aise ».

Tout ce petit monde s’est donc rendu à l’invitation du Président mardi. Petits-fours, serrages de louches et regard plein d’empathie, champagne frais. Le Gendre, en dépit de son zèle, n’est pas un intime du chef de l’Etat et peine à se faire entendre. Il avait bien besoin, lui aussi, de se faire flatter l’encolure. Il a sans doute aimé ça.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné 12/02/2020