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Certaines, certains, diront après lecture de l’article ci-dessous, un gradé de l’armée ça doit fermer sa gueule… exécute sans chercher à comprendre, le chef en chef a toujours raison. Sauf qu’à un moment donné, nous Français qui par notre financement au travers de l’impôt sur le revenu, pouvons et devons nous poser la question de l’utilité de telles engagements. Pour marquer notre accord ou désaccord, seul notre choix d’élus dans les urnes peut y répondre. MC

Didier Castres, ancien sous-chef des opérations à l’état-major des armées, a été reçu, le 20 janvier, par les sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, qui préparent un rapport sur l’opération « Barkhane » au Sahel. Aujourd’hui à la retraite en « deuxième section », ce général s’est montré très franc du képi, alors qu’il est pourtant soumis au même devoir de réserve que les militaires en activité. Et il ne s’est pas limité à parler des seules interventions françaises en Afrique saharienne.

Pour un peu, il aurait critiqué les présidents et ses anciens collègues d’être des adeptes du « prêt-à-porter qui consiste à plaquer sur les crises, quelles qu’elles soient et où qu’elles surviennent (…), des solutions toutes faites, le plus souvent importées (sic) de crises passées ». L’autre erreur, selon lui, « est une sorte de fascination militaro-sécuritaire » pour la solution de ces conflits, « l’oeil rivé sur le microscope de l’action militaire ». Et de rappeler aux sénateurs « que nous formons [les armées des Etats du Sahel] depuis les indépendances et qu’elles connaissent de très sévères revers face à des combattants qui, eux, n’ont pas été formés au sens où nous l’entendons (…). E y a un problème de confiance de ces soldats envers leurs chefs (…) quant à leur capacité à résister à des assauts de 100 à 200 adversaires ».

Le général Castres prévoit aussi « un délitement brutal de l’armée malienne ». Avant de laisser entendre que « le renfort de 200 hommes annoncé par le Président» (ilsseront finalement 600) ne permettra aucune amélioration sur le terrain et « n’a qu’une valeur symbolique et diplomatique » destinée à convaincre les Européens de la « dangerosité de ce qui se passe au Sahel ». Mais Didier Castres doute que le Président parvienne à entraîner ses alliés en Afrique.

Aucune sortie de secours

Ce 20 janvier, les sénateurs ont eu droit à quelques petites leçons de géopolitique. « Le temps de la résolution des crises diffère du temps médiatique, du temps militaire, du temps politique, du temps diplomatique et du temps du développement », leur a balancé en vrac le général, au risque de les convaincre qu’il n’existe aucune sortie de secours au Sahel et au Levant. Puis il a ajouté : « Un péché capital est de considérer [les crises] liées à l’extrémisme violent comme des phénomènes cloisonnés géographiquement (Libye, Sahel, Asie, Levant) et de penser que, en voulant les résoudre successivement, nous apporterons une solution à la crise globale (sic). » Notamment en se posant cette question : « Que tirons-nous comme conclusion, par exemple, du fait que la coalition anti-Daech au Levant ait largué 100.000 bombes depuis 2013 », sur certaines villes et dans des zones désertiques ?

Ultime critique de ce général pessimiste : « Nous avons tendance à agir sous le coup de l’émotion, sous la pression des médias et de l’opinion publique, et dans la précipitation. » Là, Didier Castres met à côté de la plaque. Notre chef de guerre Macron décide seul de tout, sans s’intéresser, bien sûr, à ce que ses généraux peuvent penser des guerres.


Claude Angeli. Le Canard enchaîné. 12/02/2020