L’avancée de la vie.

Lu dans « Libération » … Du PCF à l’aile gauche de LR-EM, des parlementaires réclament une prise en compte de la durée de vie « en bonne santé » ou des âges de départ différents selon les métiers. Mais la majorité s’y refuse

C’est l’autre âge pivot. Celui que le gouvernement n’a pas retiré de son projet de loi retraite, en cours d’examen en commission spéciale à l’Assemblée nationale. Cet « âge d’équilibre » doit permettre non pas de rétablir mais de maintenir dans le futur l’équilibre de l’assurance vieillesse, malgré la conjoncture économique et le vieillissement de la population. […]

  • Fini donc l’accumulation individuelle de trimestres pour se garantir une pension sans décote. Quel que soit leur début de carrière, des actifs nés la même année bénéficieront de leur taux plein au même âge, et non plus en fonction de leur temps de travail.
  • « Stupide », avait déclaré le patron de la CFDT, Laurent Berger, en juillet.
  • « Pas juste », avait jugé Emmanuel Macron en personne fin août.
  • « Cette mesure crée de l’injustice, insiste aujourd’hui Boris Vallaud, l’un des députés socialistes engagés contre la réforme. Celui qui aura commencé à travailler tôt subira une décote. Celui qui aura commencé tard aura droit, au même âge, à une surcote. »

[…]

Retoqués

Les partenaires sociaux devront également proposer des règles pour faire évoluer cet âge d’équilibre. « A défaut », précise le projet de loi, il sera indexé sur « l’espérance de vie » : un an gagné pour une génération, selon les statistiques, c’est huit mois de plus au boulot pour toucher une pension sans décote (- 5 % par an).

Ce qui donnerait, selon les calculs de CheckNews,

  • 65 ans pour la génération 1975 partant à partir de 2037,
  • 66 ans pour la génération 1987,
  • 67 ans pour la génération 1999,
  • 68 ans pour la génération 2011, etc.

Résultat, même s’ils acceptent l’idée qu’il faudra « travailler plus longtemps », ils sont quelques-uns dans la majorité à vouloir retailler cet âge d’équilibre pour le rendre plus « juste ». Certains aimeraient qu’il soit corrélé à « l’espérance de vie en bonne santé » ou qu’on puisse différencier les catégories sociales qui n’ont pas la même espérance de vie.

Car, d’une part, cette espérance de vie en bonne santé stagne (64,5 ans pour les femmes en 2018, + 0,2 point en quatorze ans ; 63,4 ans pour les hommes, + 0,7 point). Et d’autre part, selon une étude de l’Insee de 2016, un homme ouvrier de 35 ans a, en moyenne, 38,8 années de vie devant lui, contre 45,8 ans pour un cadre.

« Avoir le même âge pivot pour toutes les catégories de la population, c’est une profonde injustice sociale », affirme un député LR-EM, Jean-François Cesarini. […]

« On parle espérance de vie, vous parlez hygiène de vie, […]. Est-ce à dire quoi ? Que chacun est responsable de son espérance de vie ? Comme s’il n’y avait pas une évidente prévalence du cancer pour ceux qui sont exposés aux produits chimiques dans l’industrie ? Comme s’il n’y avait pas 17 ans d’espérance de vie en moins pour un égoutier ? » Mais la majorité n’en démord pas. « C’est la prise en compte de la pénibilité et la prévention qui feront que l’espérance de vie augmentera », se défend Cendra Motin. […]


Lilian Alemagna. Libération. Titre original : « Retraites : « on parle espérance de vie, vous parlez hygiène de vie ». Source (extrait)