CQFD

L’en rate pas une la Loison (1) européenne … Il y aura donc un avant et un après. Bravo pour cette « lapalissade ».

  • La Croix : Après trois ans et demi de négociations et d’atermoiements, le Royaume-Uni sort de l’Union européenne le 31 janvier 2020. Que ressentez-vous ?

Nathalie Loiseau : C’est un moment historique qui sera à compter parmi les journées noires de l’Union. […] Le Royaume-Uni sort de l’Union européenne, pas de l’Europe. Nous allons essayer de bâtir un partenariat étroit et utile aux deux parties. Le but n’est pas de punir le Royaume-Uni mais, pour reprendre le slogan de Theresa May, « Brexit means Brexit ». Il y aura donc un avant et un après.

Quel serait pour vous le pire scénario ?

N. L. : […]  … une absence d’accord d’ici à la fin de l’année serait une mauvaise nouvelle, avec une période de forte turbulence. L’accord de retrait signé en novembre permet justement une séparation en douceur.Durant les onze mois de la période de transition, les conséquences du Brexit ne se feront pas sentir. Les Britanniques continueront à appliquer les règles européennes. La seule différence, de taille, est qu’ils ne participeront plus à la prise de décision. Cet accord protège les droits des citoyens européens installés au Royaume-Uni et des citoyens britanniques vivant dans l’Union. Il permet également d’éviter une situation en Irlande du Nord qui aurait fragilisé une paix acquise depuis peu. Garantir cette paix était une obligation politique et morale pour l’UE.

  • Cet accord de retrait est-il vraiment solide ?

N. L. : Une partie de la responsabilité du négociateur Michel Barnier, et de celle du Parlement européen, va être de s’assurer de sa bonne mise en œuvre.  […] Sur le plan politique, il est clair que la démonstration de la bonne foi du Royaume-Uni dans le respect de l’accord aura un impact direct sur le climat de négociation.

[…]

  • Le premier ministre britannique, Boris Johnson, s’est montré jusque-là un redoutable négociateur. Faut-il le craindre ?

N. L. : Boris Johnson n’est pas allé au no deal dans la première partie des négociations et il a accepté nos conditions pour le retrait. Est-ce que cela va être facile dans la seconde partie ? Bien sûr que non. Nous avons devant nous une période courte : en réalité huit mois, car le mandat qui sera confié à Michel Barnier implique que la négociation commence début mars et que l’accord soit conclu avant sa ratification au 31 décembre 2020. Réinventer une relation dans ce délai, c’est du jamais-vu. D’autant que c’est la première fois que l’on négocie pour diverger, et non pour se rapprocher. […]

[…]

  • Jusque-là l’Europe est restée soudée derrière son négociateur Michel Barnier. Les intérêts nationaux peuvent-ils l’emporter sur l’intérêt général ?

N. L. : L’erreur commise par les négociateurs britanniques successifs a été de croire qu’ils pouvaient diviser pour mieux régner. Or, il y a eu unité des États membres derrière les intérêts européens. À quoi s’est ajouté le talent de Michel Barnier pour inclure tout le monde. […]

  • La France semble avoir adopté la position la plus ferme vis-à-vis du Royaume Uni…

N. L. : Une position ferme ne veut pas dire une position fermée. Nous voulons un partenariat étroit, mais nous voulons que ce partenariat n’aille pas à l’encontre du marché unique, de l’union douanière, de l’intérêt de nos entreprises. Tout ce qui a été construit pendant des années, nous ne voulons pas que le Brexit l’affaiblisse. Et cela est largement partagé par les 27.

[…]

  • Rêvons un peu : les Britanniques pourraient-ils, un jour, revenir au bercail européen ?

N. L. : Les dirigeants européens ont toujours dit que la porte de l’Union resterait ouverte au Royaume-Uni. […]


Propos recueillis par Antoine d’Abbundo et Jean-Baptiste François. La Croix. Titre original : « Nathalie Loiseau : « il y aura un avant et un après Brexit ». Source (extrait)


  1. Nathalie Loison, présidente de la commission sécurité et défense du Parlement européen, l’élue LREM fera partie du groupe chargé de suivre les discussions sur le futur partenariat entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.