Blanquer, reprend ton Bac !

« Un examen remusclé et un lycée plus simple ». Sur le site du ministère de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer promeut en bon soldat sa réforme du baccalauréat.

Mais, le 20 janvier 2020, au lycée Marcel Sembat de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), c’est surtout le dispositif autour des épreuves communes de contrôle continu (E3C) qui a été « remusclé ». Certains profs ayant déposé un préavis de grève, quatre cars de CRS attendaient les élèves de première générale et technologique !

D’après le réseau Educ’ en lutte, les équipes enseignantes de plus de 300 lycées (sur 1.840 concernés) se sont mobilisées contre ces E3C — les actions allant du refus de choisir les sujets à la grève de la surveillance et des corrections.

Une situation qui relativise les « 99,9 % des professeurs d’accord avec ce [qu’il dit] » mis en avant par Blanquer le 19 janvier 2020 sur France Inter. Le ministre a ajouté que, « dans l’immense majorité des établissements, les choses se présent[ai]ent très bien ».

Quelques menus contre-exemples ?

Louis, prof remplaçant en filière technologique à Rouen, a voulu proposer à son proviseur (chargé de trancher in fine) plusieurs sujets pour l’épreuve de maths. Problème : « Sur les prétendues centaines de propositions de la Banque nationale de sujets (rendues publiques in extremis le 19 décembre), un seul correspondait au programme étudié par [s] es élèves depuis le début de l’année. » C’est déjà ça !

Manque de correction

Pour garantir l’égalité, le ministère a promis que les copies ne seraient pas corrigées par les enseignants des lycéens passant l’épreuve. « Résultat : dans mon établissement, c’est à l’unique prof de chinois de trouver un correcteur ! » dénonce Céline Portejoie, prof d’anglais au lycée lyonnais de Saint-Just.

Dans le bahut de Claire Guéville, secrétaire nationale au Snes-FSU, le calcul est vite fait : « Six classes de première, trois profs d’histoire géo… Tout le monde, parents compris, saura vite qui a corrigé les copies ». Certains noteraient donc plus sévèrement que d’autres ? Impensable.

Autre sujet de tension : la rémunération des copies.

Pour la première fois, la correction ne sera plus manuscrite, mais saisie et traitée informatiquement. Cette « révolution », dixit Blanquer, rapportera à l’enseignant 50€ par lot (l’ensemble des copies d’une classe). Soit moins de la moitié de ce qu’il touchait avec le bac ancienne formule. Une révolution ces E3C, peut-être, mais pas dans le portefeuille !


Article signé des initiales J. C. – Le Canard enchaîné. 22/01/2020


Merci à Barbarasoleil pour nous avoir indiqué ce clip.