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Adhérer ou pas à la thèse ci-dessous, pourtant une position qui mérite d’être connue. MC

 Nos legs

L’humus de nos valeurs et de nos legs, quoi qu’en disent nos forfanteries libres-penseuses, continue de nous obliger (quel que soit le prix à payer…). Sans forcément traquer l’idée de Rédemption dans celle de l’émancipation, ni quêter des goûts d’Apocalypse dans l’image sainte du Grand Soir, nous savons une chose essentielle qui détermine toutes les autres : nous ne nous en sortons pas tout seuls, les humains se sauvent et progressent ensemble ou pas du tout. Le culte de l’aventure collective ne nous est pas tombé du Ciel, mais nous avons une créance politique et philosophique sur nos beaux emballements. Une certaine éthique ; un fil d’Ariane. Voilà, en vérité, ce que nous disent les grévistes depuis le 5 décembre. Et si certains en doutent, ces militants de l’espoir soulèvent quelques montagnes que nous n’imaginions même plus possible au fond de nous. Leur combat social est devenu un combat de civilisation sociale.

Destruction.

Puisque nous évoquons cet enjeu de « civilisation », parlons-en justement. Dans une tribune remarquable publiée par Libération cette semaine, signée par un collectif d’intellectuels, d’économistes, d’historiens, d’écrivains, etc., nous pouvions lire ces mots pertinents : « Nous prenions pour un coup de com le titre du livre du programme du candidat Macron, Révolution . Nous avions tort. Élu président, Emmanuel Macron développe avec son gouvernement une révolution libérale autoritaire sans précédent depuis Margaret Thatcher. »

[…]

Déciviliser : le verbe est lâché, dans toute sa dureté. Car, en effet, la « révolution » de Macron vise à abattre toutes les régulations publiques qui furent la gloire (jalousée de par le monde) de nos héros du Conseil national de la Résistance.

À l’aune de la loi travail, de la « réforme » des APL, de celle sur l’assurance-chômage, que signifie le dispositif supposément « universel » de la retraite à points ? Une régression historique supplémentaire, qui met en cohérence, déjà, l’ensemble de l’œuvre de destruction massive ainsi assumée par Macron. N’ayons donc pas peur de l’expression : en libérant, partout, les intérêts de la finance, il s’agit bel et bien d’une « révolution » conservatrice d’une ampleur terrifiante.

Durée. Faute de mieux pour l’instant, Macron joue la montre, lui qui se revendiquait « maître des horloges ».

Le dossier explosif des retraites lui pose désormais un problème de taille, dont il risque de ne pas sortir indemne politiquement : avant les fêtes, il pensait que les contestataires de sa réforme de classe rentreraient en douceur dans les clous. Mais l’enlisement est là. Tout ce que le « marcheur » redoutait par-dessus tout, la menace de l’immobilisme.

D’autant que le retour de la conflictualité sociale, authentique, est probablement acté, contredisant ainsi bien des analyses dominantes qui prédisaient sa fin temporaire, sinon sa mort définitive.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » – Mark Twain


Jean-Emmanuel Ducoin. Source (extrait)