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Il était donc écrit dans les astres que le « syndicat réformiste CFDT » et le « président réformateur Macron » étaient faits pour s’entendre, et que les médias applaudiraient les retrouvailles.

La seule surprise fut ce temps perdu pour arriver à l’inéluctable.

Mais nous y voilà !

La manœuvre a tout d’abord consisté à faire de cette affaire de « l’âge pivot » l’alpha et l’oméga du conflit, éclipsant la réalité de la réforme, et le soutien que lui apporte la centrale de M. Berger.

Nous avons ensuite assisté à une longue hésitation qui rappelait un peu la partie de cartes de Pagnol. Vous savez, quand ce benêt d’Escartefigue ne comprend pas qu’il faut « couper à cœur » alors que son partenaire multiplie les gestes de connivence. Mais comme Escartefigue, Édouard Philippe a fini par comprendre. Il a donc retiré « provisoirement » l’âge pivot de son projet. C’est tout ce qu’on lui demandait.

À charge pour la fameuse conférence de trouver un autre mode de financement d’ici au mois d’avril. Et comme le patronat ne veut rien d’autre qu’un allongement de la durée du travail, l’issue est prévisible. Édouard Philippe l’a dit sans fioritures. En cas d’échec de la conférence, il imposera « par ordonnance » quelque chose comme… l’âge pivot.

Afin que nul n’en ignore, la référence à un « âge d’équilibre » figure d’ailleurs dans le projet qui devrait être soumis au Parlement. Laurent Berger a immédiatement jugé qu’il tenait là une magnifique victoire, au risque de connaître le destin difficile de son ancêtre Nicole Notat, qui avait soutenu pareillement la réforme Juppé de 1995, avant d’être sévèrement désavouée par sa base.

Si le scénario se déroule comme prévu, le gouvernement et le dirigeant de la CFDT auront mené une action de contrebande.

Sous l’esbroufe de l’âge pivot, ils auront fait passer la totalité de la réforme.

[…]

À présent, la question est donc de savoir si l’opinion mordra à l’hameçon. En vérité, c’est peu probable. Mais l’incrédulité ne vaut pas victoire.

L’idée que le front syndical est divisé, ajoutée à la fatigue d’un mouvement qui dure depuis quarante jours, souvent sans salaire, pourrait entamer sérieusement la résistance. Certes, nous n’en sommes pas là.

Il n’est cependant pas interdit de commencer à s’interroger sur le coût politique de la manipulation. Nos concitoyens sont las d’être dupés. Ils l’ont été par le tandem Hollande-Valls, auquel ils ont fait payer le prix fort. Macron fut le bénéficiaire du naufrage du Parti socialiste.

À qui profiterait une nouvelle crise de confiance ? Une crise qui ne toucherait pas seulement les dirigeants politiques et syndicaux, mais qui finirait par miner ce que nous appelons encore la démocratie ? On a peur de répondre à cette question


Édito de Denis Sieffert. Politis.fr. Titre original de l’article : « Le bal des faux culs ». Source (extrait très partiel bien qu’il soit en accès libre à l’adresse inclus) https://www.politis.fr/articles/2020/01/le-bal-des-faux-culs-41261/