Yves Veyrier ? Non, vraiment, désolé, vois pas, c’est qui ?

Ben ouai, l’est transparent que voulez-vous ce syndicaliste secrétaire général d’FO et puis après cet article, ben nous ne sommes pas vraiment sûr que vous le remarquerez plus ! MC

Patron de FO, d’accord. Y a eu des turbulences, à Force ouvrière, depuis quelques années, non ?

Une sombre affaire de fichage de cadres révélée par « Le Canard » : « ordure », « collabo », « complètement dingue ». Voilà comment on se décrivait entre camarades, il y a peu. Sympa, l’ambiance à FO. On apprit aussi par « Le Parisien » que le syndicat était généreux en matière de notes de frais, alors que les comptes étaient dans le rouge. Veyrier, c’est cet inconnu qui dirige tout de même le troisième syndicat français depuis novembre 2018 en ayant pour mission de calmer des esprits passablement échauffés.

Pas évident de se faire une place entre le moustachu et l’intello du social, coqueluche de la rive gauche et de la Fondation Jean-Jaurès. Lui, c’est le troisième, derrière Philippe Martinez et Laurent Berger, le contestataire et le réformiste. Donc, Yves Veyrier, il est quoi ? Compliqué, ma bonne dame.

Dans la roue de la CGT sur le dossier des retraites, demandant le retrait du projet sans pour autant vouloir prononcer le mot, tout en ayant été élu à la tête de Force ouvrière en tant que réformiste !

Décrit par certains comme « Macron-compatible », propulsé à la tête d’un syndicat ayant des allures d’auberge espagnole : des socialistes, des trotskistes, des gars sans étiquette et d’autres ayant une sensibilité fort droitière. Et surtout, bonne chance.

Modérément glamour

Yves Veyrier a décidé de ne pas faire la moindre concession médiatique : pas de petite phrase, pas de blagounette, pas de coup de colère surjoué. Bref, l’anti-bon client par excellence. Il a juste noué une écharpe à carreaux rouges et noirs autour de son cou et fait mine de raconter sa vie, sans enthousiasme excessif. Il a donc une femme, qui décrypte ses prestations radiophoniques et télévisuelles en lui envoyant des SMS, et une fille, qui n’a pas apprécié que son père soit décrit dans la presse comme peu glamour. C’est son petit côté Columbo, pourquoi pas ? Résultat : il reste un inconnu.

Elu de justesse, ce proche de Jean-Claude Mailly fait l’objet de nombreuses railleries en interne. Veyrier, ce n’est pas Mailly, c’est son « clone triste ». Ingénieur météo de 61 ans, qui milite à FO depuis plus de trois décennies, il est vu par beaucoup comme un pape de transition.

Il s’est montré tout aussi incapable que Martinez de dialoguer avec les gilets jaunes, lâchant : «Pas question qu’on se dissolve là-dedans, il s’agit d’un mouvement informe. » On fait mieux dans l’empathie. Il s’est aussi fait balader par Matignon, persuadé d’avoir marqué des points vis-à-vis d’Edouard Philipe et de son équipe : « Je pense que nous avons fini par convaincre que ce que nous portions était sincère et juste », claironnait-il une semaine avant Noël.

Ces revers ont fait un peu oublier à ses détracteurs l’habileté du bonhomme. Veyrier est le plus ancien membre du bureau confédéral. Il était plus ou moins placardisé, sans en faire une maladie.

Discret et patient, il était chargé de la presse et de la communication, des dossiers européens et internationaux. Rien de très opérationnel ni qui le mette dans des situations par trop inconfortables. Il s’est surtout imposé, dans la plus grande discrétion, comme « le spécialiste incontesté des postes au sein d’organismes fort prisés appelés familièrement « fromages » ».

Dessin de Kiro. le Canard Enchaîné. 15/01/2020

Il a été pendant dix ans membre du Conseil économique, social et environnemental. « C’est très recherché, tout le monde veut s’y faire nommer, et il y a dix candidats pour un poste », raconte un ancien membre. Il y a été président du groupe FO, président de section des Affaires européennes et internationales. Quand il était conseiller, il fut rapporteur d’un avis sur l’ « Union européenne et les relations de voisinage ». Toujours sur la brèche.

Décidé à rester

Il a aussi beaucoup bourlingué essentiellement à l’Organisation internationale du travail (OIT), à Genève. Il est depuis douze ans membre du conseil d’administration et vice-président du Comité de la liberté syndicale.

Sentant son heure venue, Veyrier, bien plus malin qu’on ne le croyait, a fait campagne sur ce mot d’ordre : « Apaiser, réunifier et rétablir la parole. » Imparable. Le jour de sa nomination, un dirigeant de fédération FO s’est épanché auprès de la presse : « Il faut être honnête, personne ne pensait à lui il y a quinze jours. Il ne va pas se représenter dix ans de suite ! » Ce à quoi Veyrier, se découvrant soudain, a répondu, un, bon sourire aux. lèvres : « Le mandat de transition, c’est du passé. Je resterai le temps nécessaire à préparer l’avenir. »

On ne se méfie jamais assez des petits gris.

Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 15/01/2020