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Comme aurait pu dire notre Coluche national, dans le mot compromis il faut surtout retenir le début du mot pour ne pas l’être trop … quant à « promis », ce n’est qu’une déclinaison détournée de « promettre » et nous savons tous que promettre n’est pas un acquis. MC

Le « compromis rapide » cher à Macron et à son Premier ministre, sommé d’y parvenir et de le mettre en application, est un art nettement plus abstrait que la simplicité de son intitulé ne le laisse supposer. D’abord, parce que parler de rapidité dans un conflit sur les retraites en train de battre des records de durée semble un rien hardi. D’autant plus que ledit compromis avec les syndicats réformistes aurait sans doute pu facilement être trouvé un mois avant. Ensuite, parce qu’il vient accentuer encore le manque flagrant de clarté d’une réforme pourtant censée donner au système des retraites plus de «simplicité » et de « lisibilité ».

Un franc succès !

Dessin de Mougey. Le Canard Enchainé. 15/01/2020

Surtout en matière de lisibilité. Ainsi, le fameux « âge pivot », qui hérissait tant la CFDT, pour laquelle il marquait une « ligne rouge », n’est plus dans le projet de loi. Il est «suspendu » et remplacé par l’« âge d’équilibre ». Lequel fâche beaucoup moins, même s’il veut dire à peu près la même chose. Et que ce qui accroche n’est ni le vocable ni sa définition, mais la date plus ou moins proche de sa mise en application.

S’y ajoute la difficulté pour les syndicats réformistes de trouver sans tarder (avant fin avril) une alternative à l’âge pivot, en excluant une «augmentation du coût du travail », qui pèserait sur la compétitivité, ou une «baisse de pension », qui nuirait au pouvoir d’achat des retraités. Faute de quoi l’exécutif reprendra le dossier, et la question de l’âge, qu’il soit pivot ou d’équilibre, risque de redevenir d’actualité. Ce qui ne manque pas de rappeler aux syndicats énervés, CGT en tête, la reprise en main autoritaire du dossier de l’assurance-chômage et les fait hurler à l’« enfumage ». Il ne manquait plus qu’un peu de fumée sur le manque de lisibilité !

D’autant que, au-delà des grands mots qui fâchent, les syndicats eux-mêmes, à commencer par ceux qui continuent de réclamer le retrait pur et simple de la réforme, ne sont pas d’une franche clarté sur les négociations de branche et les concessions obtenues. Surtout dans les régimes spéciaux, annoncés des deux côtés comme supprimés mais remplacés dans bien des branches concernées par des « régimes spécifiques » ou «particuliers ». Les intéressés eux-mêmes ont du mal à y voir clair.

Et ils ne sont pas les seuls. Avec ou sans âge pivot, la plupart des futurs retraités pour ne pas dire tous – sont encore et toujours dans le brouillard. Et dans l’incapacité de savoir exactement ce que leur apportera ou leur retirera ce régime universel par rapport au système précédent. En clair, qui seront les gagnants et les perdants.

La question se pose également pour le gouvernement et les partenaires sociaux dans ce dossier où même ceux qui, comme Laurent Berger, ont parlé de « victoire » après la suspension de l’âge pivot répètent qu’on est « encore loin d’être à la fin de la partie ».

Une partie qui, pour qu’elle soit réussie, doit donner à tous les participants l’impression qu’ils sont gagnants ou, du moins, qu’aucun n’a perdu la face. Même si, l’usure et la diversion syndicale aidant, la grève s’essouffle d’ici à l’adoption de la réforme au Parlement, espérée au printemps, le « compromis rapide » risque de prendre encore un peu de temps !

Dessin de Lefred-Thourou. Le Canard Enchainé. 15/01/2020

Édito d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 15/01/2020