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La presse se déchaîne après ce qui apparaît être un ultime revirement.

Pour les uns, un ultime revirement gouvernemental en forme de concession aux syndicats, pour d’autres une défaite de la politique Macron-Philippe, pas de certains syndicats une apparente victoire, pour d’autres un lâchage habituel de deux syndicats habitués à gouverner de concert avec l’État en place mais qui toutefois ne sont pas suivis par leur base. Enfin les syndicats refusant catégoriquement le projet tel que présenté; quant aux salariés et usagers certains ne sont pas mécontents de retrouver une normalité notamment de circulation leur permettant dans les entreprises et de toucher un salaire … tout en étant toujours majoritairement contre la réforme proposée. MC


Pour Nicolas Bouzou. Le Figaro. Titre original : « Retraites : pourquoi un fiasco aussi spectaculaire ». Source (extrait) https://www.lefigaro.fr/vox/societe/nicolas-bouzou-retraites-pourquoi-un-fiasco-aussi-spectaculaire-20200112

Le retrait de la disposition sur l’âge pivot achève de rendre illisible la réforme des retraites. À force de s’être éloigné du projet originel, le gouvernement bricole, puis re-bricole ce qui l’a bricolé. Certes, dans aucun pays, il n’est simple de réformer les retraites. Partout le phénomène des « fake news » fragilise le débat public et la démocratie. Il n’empêche, le débat français sur la retraite à points a été nerveusement épuisant : le gouvernement a commis des erreurs de pédagogie, de nombreux intervenants ont raconté n’importe quoi, et ce débat a révélé que beaucoup de nos concitoyens attendaient le moment de la retraite comme une renaissance.

[…] … la communication gouvernementale a été désastreuse de bout en bout. De tous les sujets, celui des retraites est celui qui consomme le plus de capital politique. De toutes les réformes, c’est celle des retraites qui exige la préparation la plus soigneuse, la communication la plus précise, la pédagogie la plus ambitieuse. Malheureusement, semaine après semaine, le projet a subi, non pas des modifications, ce qui eût été compréhensible, mais des changements de cap qui ont préparé le terrain pour l’anxiété des Français […].


Pour Lilian Alemagna. Libération. Titre original : « Un âge pivot peut en cacher un autre ». Source (extrait) https://www.liberation.fr/france/2020/01/10/un-age-pivot-peut-en-cacher-un-autre_1772398

Le gouvernement aime tellement l’ « âge d’équilibre » qu’il en a prévu deux !

L’un pour rétablir l’équilibre des comptes actuels de l’assurance vieillesse.

L’autre pour le maintenir dans le futur système universel qui doit démarrer en 2025.

Selon la version du projet de loi actuellement à l’examen du Conseil d’État et envoyée dans la nuit de jeudi à vendredi aux caisses de retraite pour qu’elles rendent un avis, le premier est négociable.

Pas le second. De quoi rendre encore plus complexe l’issue des discussions sur le « financement » du régime de retraite, objets de premières rencontres bilatérales vendredi à Matignon entre le gouvernement et les partenaires sociaux.

C’est sur cet âge d’équilibre « paramétrique » que se concentre, pour l’instant, le bras de fer entre une partie des syndicats, CFDT en tête, et le gouvernement. C’est aussi cette solution que le Premier ministre est prêt à abandonner si les partenaires sociaux lui proposent une « meilleure solution »

Le projet de loi prévoit d’ailleurs l’éventualité : le tout nouveau « conseil d’administration de la Caisse nationale de retraite universelle » (nouvelle gouvernance dans laquelle siégeront représentants des syndicats et du patronat) a pour mission de rendre, d’ici « le 1er septembre 2021 », une « délibération » définissant « les modalités d’atteinte de l’équilibre financier de l’ensemble des régimes de retraite de base en 2027 »

Tous les « paramètres » restent ouverts : âge légal de départ, durée d’assurance, revalorisation des pensions, taux de cotisations… Mais, « en l’absence de délibération », c’est la solution du gouvernement qui s’appliquera.

Sauf que… Même en cas d’accord entre partenaires sociaux, un autre « âge d’équilibre » verra le jour.

L’article 10 du projet de loi détaille en effet la « référence collective » qui permettra de faire « fonctionner » le futur système universel. Un dispositif « correspondant à l’âge auquel les assurés pourront partir à « taux plein », et autour duquel s’articulera un mécanisme de bonus /malus », peut-on lire.

Et contrairement à l’âge d’équilibre « paramétrique », cet âge d’équilibre « systémique », déjà présenté en juillet par l’ancien haut-commissaire chargé des retraites, Jean-Paul Delevoye, et qui avait mis en rogne la CFDT, n’est pas même négociable dans son principe. Les seuls éléments « à la main » de la future gouvernance (donc des partenaires sociaux) seront les niveaux du bonus-malus, de l’âge d’équilibre et leurs évolutions.

Et encore !

Les « délibérations » seront soumises à un feu vert du pouvoir exécutif via un décret… A défaut d’accord, le bonus-malus sera de plus ou moins 5 % par an sur les pensions des retraités concernés. L’âge d’équilibre, lui, sera fixé « en référence à l’âge moyen de départ à la retraite des salariés du régime général » (hors départs anticipés).

Soit, si on prend les chiffres de l’assurance vieillesse, 63 ans et 4 mois pour les retraités partis en 2018. Par ailleurs, comme le précisait « Libération », cet âge pivot a peu de chances de rester fixé à 64 ans comme le laisse croire le gouvernement. Sauf proposition contraire de la nouvelle gouvernance, il « évoluera » en fonction de l’espérance de vie. Une bonne manière de « faire travailler plus longtemps » les actifs sans revenir, régulièrement, devant le Parlement.


Pour Ellen Salvi. Médiapart. Titre original : « Retraites: sous couvert de compromis, le gouvernement arrive à ses fins ». Source (extrait)

C’est un « compromis » aux airs de vaste plaisanterie. Comme il l’avait annoncé la veille, Édouard Philippe a écrit aux partenaires sociaux, samedi 11 janvier, jour de nouvelles manifestations, pour leur faire part de ses propositions de sortie de crise. Ce faisant, le premier ministre s’est surtout adressé à la CFDT, seul syndicat d’envergure à se dire, depuis le début, « très clairement favorable » au principe du régime universel de retraite voulu pas Emmanuel Macron ; et, dans une moindre mesure, à l’Unsa.

Après des semaines de dialogue de sourds autour de la seule question de l’âge pivot (autrement appelé « âge d’équilibre »), qui crispait particulièrement le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger et auquel le chef du gouvernement semble tenir comme à la prunelle de ses yeux, Édouard Philippe s’est finalement dit « disposé à retirer » provisoirement cette mesure du projet de loi sur la réforme des retraites, mais uniquement pour les départs avant 2027.

Son courrier précise bien que le texte qui arrivera en conseil des ministres le 24 janvier « prévoira que le futur système universel comporte un âge d’équilibre », lequel « constituera un des leviers de pilotage collectif du système dans la durée ». L’âge en tant que tel reste à déterminer lors d’une future négociation. Le 11 décembre, devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le premier ministre avait évoqué celui de 64 ans, sans pour autant qu’il ne figure, écrit noir sur blanc, dans le projet de loi envoyé au Conseil d’État.