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Ils voudraient chiper 6 milliards d’€, nichés dans les « plans d’épargne logement » (PEL).

Après avoir, durant des années, convaincu leurs clients de souscrire des plans d’épargne logement (PEL), les banques voudraient bien, aujourd’hui, s’en débarrasser.

Motif ?

Avec la baisse des taux d’intérêt, les PEL signés à l’époque où les rendements étaient attractifs sont devenus ruineux pour elles.

Comme il ressort des données fournies par la Banque de France, elles doivent ainsi régler aux souscripteurs un surcoût de près de 6 milliards par an ! Et certains établissements, telle la Caisse d’épargne, n’hésitent pas à raconter de gros bobards à ces coûteux clients pour les convaincre de clôturer leurs PEL et de reporter leurs économies sur des livrets traditionnels… où elles rapporteront nettement moins.

Ainsi de la Caisse d’épargne de Metz, qui, il y a un mois, adresse à deux de ses clients une missive les avisant que « [leur] plan d’épargne logement arrive prochainement à son terme ».

En conséquence, il leur faut maintenant « décider de l’orientation [qu’ils] souhaitent donner à cette épargne ».

A cette fin, la banque les « invite à rencontrer rapidement [leur] conseiller habituel, qui [leur] exposera les différentes possibilités qui s’offrent à [eux] ».

Selon un porte-parole de BPCE (maison mère des Caisses d’épargne), il s’agit d’ « une simple proposition d’échange entre un client et son conseiller visant à faire le point [sur] des contrats qui arrivent prochainement à échéance ». Sauf que c’est faux.

Ramasser les PEL

« J’ai souscrit mon PEL en décembre 1983, a indiqué au « Canard » l’un de ces clients. Comme il a été signé avant le changement de la loi en 2011, je peux le conserver tant que je veux avec une rémunération de 6,3 % par an. »

Les banques, on l’imagine, n’apprécient que modérément la plaisanterie. Le montant total des PEL représente une fortune (280 milliards d’€) et, en moyenne, ils rapportent annuellement 2,65 % d’intérêts. Exonérés d’impôt pendant douze ans, s’il vous plaît. Plus de trois fois mieux que le Livret A (0,75 %), dont le taux devrait bientôt être ramené à 0,5 %.

Chaque détenteur d’un PEL (d’un montant moyen de 18.000€) coûte aux banques (et rapporte au souscripteur) 400€ de plus par an qu’un placement sur un livret traditionnel.

« Aujourd’hui, commente une responsable bancaire, les PEL ne servent plus à financer le logement des souscripteurs, puisqu’ils débouchent sur un prêt consenti à un taux supérieur à ceux communément pratiqués. Mais les gens les gardent, car ils sont devenus le placement sans risque et défiscalisé de loin le plus rentable sur le marché ».

On comprend que les banquiers veuillent se débarrasser vite fait bien fait de ces clients qui ne pensent qu’aux profits !


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 07/01/2020