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Quand les générations futures découvriront les convulsions que la culture sexuelle a éprouvées récemment sur les campus américains, il est fort possible qu’elles n’y voient qu’une vague d’hystérie soutenue par les autorités.

Elles se demanderont comment des gens censés rationnels ont pu succomber si facilement à la paranoïa collective, tout comme nous considérons avec condescendance et perplexité certains épisodes de même nature (Salem, le maccarthysme, les procès des années 1980 pour rituels sataniques en milieu préscolaire).

Elles se demanderont comment le gouvernement américain aura pu céder ainsi à la panique, sacrifiant des droits constitutionnels au but absurde de protéger les étudiantes d’un nombre toujours croissant d’épouvantails sexuels. Elles se demanderont comment on a même pu voir là du féminisme quand c’est si manifestement paternaliste. (…) Rétablir par des voies détournées les formes traditionnelles de la féminité la plus entravée, ce n’est pas du progrès, mais de la régression. féminisme en panne

Rien de ce qui précède ne cherche à mettre en doute la réalité des agressions sexuelles. Mais, en même temps, il semble que nous soyons en train de former une génération d’étudiants, surtout d’étudiantes, qui font appel au « Titre IX » pour résoudre des ambiguïtés sexuelles ou se libérer d’expériences sexuelles embarrassantes, et pour faire porter un jugement officiel sur des disputes de couple après rupture. Et les administrateurs universitaires jouent le jeu.

Si c’est là qu’en est le féminisme sur les campus, alors il vaudrait mieux s’en défaire et repartir de zéro, car ce féminisme est en panne. Il n’a strictement rien à voir ni avec l’égalité des sexes ni avec l’émancipation des femmes. Si l’on faisait preuve de cynisme, on dirait plutôt qu’il a tout à voir avec l’accroissement du pouvoir de la bureaucratie universitaire sur nous tous. Il s’agit d’une vaste et inédite passation de pouvoir qui profite à l’institution. Mais qu’importent les motivations politiques du processus ou ses secrets bénéficiaires : désormais, on rétrocède sur un plateau d’argent des droits qui ont été gagnés de haute lutte, nommément le droit pour les femmes d’être traitées en adultes consentantes par rapport à la sexualité. (…)

Cela dit, je m’empresse d’ajouter que, bien sûr, ce n’est jamais si simple. Malgré des excès de zèle scandaleux dans l’administration (…), on trouve sans peine un grand nombre de cas d’agressions sexuelles évidentes que le système laisse pourtant passer, particulièrement quand il s’agit d’athlètes ou de confréries d’étudiants. (…) Mais instrumentaliser le « Titre IX » ne réglera pas le problème des agressions sexuelles. La seule chose qui le pourrait un peu, c’est l’éducation. Mais (…) il est désormais interdit de parler franchement des réalités sexuelles.

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Certes, il y a toujours eu des idéologues dans les universités, mais jusqu’ici on attendait au moins d’eux qu’ils puissent débattre de leurs idées. La relève est composée d’idéologues du sentiment, et les sentiments échappent à l’argumentation. Bien que je sois une féministe progressiste convaincue, je ne crois tout simplement pas que l’expérience ou l’identité donne à qui que ce soit de compétence intellectuelle. En fait, c’est habituellement le contraire : surévaluer la subjectivité tend à freiner la croissance intellectuelle, surtout quand il s’agit d’idées qui déstabilisent justement l’identité personnelle. (…)

Les appels récents à la conformité intellectuelle peuvent bien se présenter sous des allures progressistes, mais les féministes et la gauche en général devraient se décrasser de ce moralisme.

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Extraits choisis et présentés par Eugénie Bastié. Le Figaro. Titre original : « Laura Kipnis : « Quand la paranoïa s’empare des campus américains » ». Source (Très court Extrait)


Une situation qui commence à atteindre l’Europe, surtout les pays « latin » dont la France. MC