Cette intercom’, gâchant les municipales.

Les 15 et 22 mars 2020, outre les élus municipaux, les électeurs voteront aussi pour des conseillers communautaires. Bien moins connu que l’échelon de la ville, le regroupement intercommunal concentre pourtant bien des pouvoirs.

[…]  … Si, avec la réforme territoriale, le nombre d’intercommunalités a diminué, passant d’environ 2 100 à un peu plus de 1 200, celles-ci ont été encouragées à devenir « XXL ». L’État a habilement défini des seuils pour contraindre les regroupements. Il faut ainsi « peser » au moins 30.000 habitants pour faire partie des nouvelles conférences territoriales de l’action publique. Fini, la coopérative simple de communes, se contentant de mutualiser des moyens. C’est à l’échelle du regroupement de communes, quelle qu’en soit la forme, que les projets structurants se construisent. Ce qui n’est pas sans rappeler le projet initial d’Emmanuel Macron de supprimer l’échelon du département.

À terme, ces intercommunalités se substitueraient de facto à des conseils départementaux dont on aurait organisé la dévitalisation budgétaire.

La réalité du territoire, et les attentes de proximité des citoyens, commanderait une organisation au contraire des plus décentralisée, au plus près des besoins. Sur les 34 968 communes actuelles, 53 % sont de moins de 500 habitants, des communes rurales, éloignées géographiquement les unes des autres. Y concentrer des services publics plutôt qu’en émailler le territoire a des incidences sur le quotidien, notamment en matière de circulation automobile.

[…]

« Un contresens de l’histoire de recentraliser le pouvoir du maire »

Outre que l’échelon communautaire est peu lisible pour l’électeur, au point, signale Romain Marchand, que des candidats en campagne hésitent à formuler des engagements qu’ils ne pourraient tenir qu’avec une majorité assurée à l’échelle de l’agglomération, ses règles de fonctionnement diffèrent d’un conseil municipal. « Un maire d’une commune de plus de 1.000 habitants a une majorité des deux tiers. Un adjoint râle et il lui retire sa délégation, explique Charles-Éric Lemaignen, vice-président (LR) de l’Assemblée des communautés de France.

« Dans une intercommunalité, cela ne fonctionne pas comme ça. Le président n’a aucun pouvoir hiérarchique sur les maires. Il doit rechercher le consensus. » L’électeur n’a qu’une prise très indirecte sur les décisions qui s’effectuent au sein du conseil communautaire. Un comble pour Romain Marchand, pour qui « c’est à contresens de l’Histoire de recentraliser le pouvoir qui était dévolu au maire. Si l’on veut des élus de terrain, qui font avec les gens et non à leur place, il faudrait en réalité augmenter leur nombre ».

En s’occupant de développement économique, de la collecte des déchets, de l’aménagement de l’espace (zones d’aménagement concerté), de la mobilité, de l’équilibre social de l’habitat, des réserves foncières, de la politique de la ville… l’intercommunalité s’est rendue indispensable. Pour une commune, y entrer est quasi une obligation, en sortir… quasi impossible.


Lionel Venturini. Titre original l’article : « L’intercommunalité, ce train caché par celui des municipales ». Source