Alteo. Vous connaissez ?

Les dizaines de millions investis, des centaines d’emplois menacés, cinquante ans de pollution intensive de la mer et des terres…

Tel est le glorieux bilan de l’ usine Alteo , à Gardanne (Bouches-du-Rhône), fleuron de l’industrie chimique française. Le 12 décembre [2019], le tribunal de commerce de Marseille a déclaré l’entreprise en redressement judiciaire ; il espère protéger ses 500 salariés (plus un millier d’emplois indirects) et son activité.

Si Alteo plonge, c’est d’abord parce que les commandes passées à ce champion mondial de la production d’« alumines spéciales » sont en berne (moins 30 % en novembre). L’industrie microélectronique, notamment, n’est pas en grande forme. Les dérivés de l’aluminium produit à Gardanne sont utilisés pour les verres d’écran téléphonique et les batteries électriques…

Mercure-Cassis

Mais, pour Frédéric Ramé, le patron d’Alteo, c’est surtout l’écologie qui est la cause de la crise ! Les banques ne prêtent plus, explique-t-il, en raison des échéances imposées à la boîte en matière de production de déchets. Et de dénoncer auprès de « L’Usine nouvelle » (29/11/2019) le diktat du «zéro tout (zéro pollution), tout de suite

« Tout de suite » ? Façon de parler.

Certes, HIG, le fonds d’investissement (établi à Miami) qui contrôle Alteo, succède à trois autres proprios, Pechiney, Rio Tinto et Alcan, dont le zèle dépollueur était très relatif. Mais HIG se trouve tout de même aux commandes depuis 2012…

Et voilà 125 ans que cette usine de transformation de l’aluminium de Gardanne balance des gâteries chimiques dans la nature. Depuis une cinquantaine d’années, elle immerge des milliers de tonnes de boues rouges en pleine Méditerranée, au fond d’un canyon souterrain du magnifique parc national des calanques de Cassis.

Assaisonnées au chrome, au mercure et à l’arsenic, ces boues se révèlent salement toxiques. En 2010, la rupture d’un réservoir d’une usine d’alumine à Ajka (Hongrie) a provoqué le déferlement d’un torrent de boue qui a tué 10 personnes et en a empoisonné une centaine d’autres. Depuis peu, et grâce à HIG, les rejets liquides d’Alteo sont conformes aux normes sur les métaux lourds, mais les résidus solides les plus nocifs sont stockés à l’air libre…

La pollution continue donc sur terre. Chaque jour, pas moins de 1.000 tonnes de boues séchées et comprimées atterrissent sur le site de Mange-Garri (« mange les rats », en provençal), à Bouc-Bel-Air. Pas un brin d’herbe n’y pousse. Le mistral, raconte « La Provence » (9/12), soulève les poussières et les dépose sur les cheveux, le linge, les plants de tomates. Un arrêté du maire interdit d’utiliser les eaux de forage aux alentours.

Par ailleurs, le labo indépendant Criirad a mesuré sur les lieux une radioactivité (les déchets contiennent, entre autres, de l’uranium) de 6 à 8 fois supérieure à la normale ! Une plainte a été déposée par des riverains, des associations et des pêcheurs phocéens pour mise en danger de la vie d’autrui. Deux juges d’instruction de Marseille enquêtent.

Face à ce dossier au retentissement national, le gouvernement, depuis des années, s’est beaucoup démené. Pour aider l’industriel à dépolluer et à rendre l’exploitation durable ? Pas trop. L’idée est plutôt d’accorder des dérogations permettant de prolonger les rejets toxiques en mer ou de limiter les contraintes écolos.

Tomates chromées

En 2015, comme l’a relaté « Le Canard », Manuel Valls et Ségolène Royal s’étaient écharpés à ce sujet en plein Conseil des ministres. Le Premier ministre, qui voulait prolonger jusqu’en 2021 le droit de jeter les boues rouges dans la Méditerranée, l’avait emporté et, de surcroît, avait refusé de transmettre aux pêcheurs de Marseille et aux autres associations le compte rendu de la réunion, indispensable pour fonder une plainte. Celle-ci s’appuyait également sur les directives européennes bannissant ces pratiques.

Il a fallu seize mois pour que Matignon (alors dirigé par Bernard Cazeneuve) transmette le document à la justice. Finalement, les associations ont limité la dérogation au 31 décembre 2019.

Et, pour l’énorme facture sociale, industrielle et écologique qui s’annonce, des délais de paiement sont prévus ?


Jérôme Canard. Le Canard enchaîné. 31/12/2019


Note perso : Encore une entreprise qui ne fait pas parti des bilans positifs de la Macronie comme tant d’autres entreprises disparues d’ailleurs Durant le « règne » d’autres précédents présidents. Reste que la France perd une à une ces entreprises, et par conséquent ses possibilités d’embauches, alors lorsque Jupiter du haut de sa tour claironne à tout vent, que le ruissellement d’une part et d’autre part, les efforts salariaux et sociaux réalisés par les Français permettront le plein emploi… faut vraiment être ballot pour y croire. MC