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Entre deux manifs sur les retraites, le gouvernement a montré une fois encore comme il est couché devant la FNSEA et les lobbies de l’agrochimie.

Une honte?

Appelons cela une marque de fabrique. Premier mouvement, ce ridicule mais menaçant Christophe Castaner lance le 13 décembre [2019] une nouvelle cellule de la gendarmerie nationale, Demeter (1). Le petit chef des flics veut que les services de l’État, en leur monopole de la violence légitime, combattent l’agribashing.

« Agribashing ». Qu’est-ce?

Une invention des communicants de la FNSEA, qui prétendent dénoncer un dénigrement systématique de l’agriculture. Ce qui monte en effet, c’est une critique enfin claire de l’agriculture industrielle et du rôle épouvantable joué par la FNSEA. Le reste est fariboles. Sauf à admettre que refuser l’empoisonnement de tous par les pesticides est une attaque contre les paysans.

Castaner, qu’on n’a pas le droit, d’insulter hélas, s’en prend même aux « actions de nature idéologique », même sous forme de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ». Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’un mouvement comme celui des Coquelicots, soutenu par Charlie, est dans le viseur (1).

Parallèlement, le gouvernement devait prendre une décision sur les distances d’épandage des pesticides par rapport aux habitations. Le courageux maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), Daniel Cueff, réclamait 150m, suivi par des dizaines d’élus, jusque dans la banlieue parisienne. Gloire, au passage, au maire de Sceaux, le pourtant UDI Philippe Laurent.

La décision a fini par tomber, et si cela n’était à ce point effarant, il faudrait applaudir les clampins à la manœuvre pour leur si belle imagination. Ce sera entre 5 et 10 m. On pourra légalement vaporiser des produits cancérogènes/mutagènes/repro-toxiques (les fameux CMR) dans le nez des nourrissons. Et pour faire bonne mesure, des perturbateurs endocriniens (2).

Ces gens, qui n’ont que le mot science à la bouche, conchient les centaines d’études internationales qui prouvent la toxicité des pesticides de synthèse. Et pourquoi se gêneraient-ils ?

Ajoutons qu’il y a pire. Dans la fantasmagorie macronienne, le « débat public » joue un grand rôle. On a donc lancé sur le sujet des distances d’épandage une consultation publique entre le 9 septembre et le 4 octobre [2019]. Et cela a marché. Trop bien. 53.694 contributions ont été déposées. Un record dans ce domaine.

Seulement, hum, il fallait rendre compte. L’organisateur (le ministère de la Transition écologique) était très ennuyé, car la consultation a révélé l’ampleur de la révolte populaire contre l’empoisonnement. Pendant deux bons mois, il a préféré cacher les résultats(3), attendant les fêtes pour les rendre publics. Et on comprend pourquoi.

Le texte, qu’il faut lire si on en a le temps (4), est limpide. Mentionnons en vrac ces quelques notations :

« Pour un grand nombre de contributeurs, la question excède la seule considération de la distance»; « Les répondants s’inquiètent également des risques liés aux « perturbateurs endocriniens », aux produits « mutagènes et repro-toxiques », aux « nano-particules  et aux problèmes génétiques »; « Une très large majorité demande des distances réglementaires supérieures voire très supérieures (plus de 150 mètres) à celles proposées, notamment en raison de la crainte liée à la volatilité des produits ».

En face, rien. Les auteurs de ce vrai-faux, amateurs en tout temps des courbes et statistiques, rusent (c’en est drôle) pour ne citer aucun chiffre permettant de savoir combien des contributeurs défendent le monde des pesticides. Et combien sont contre.

Allez, on les met au défi :

publiez les vrais résultats.


  1. blog.nousvoulonsdescoquelicots.org/2019/12/ 19/castaner-veut-fliquer-les-coquelicots
  2. tinyurl.com/wslbdyc
  3. tinyurl.com/qu5czed
  4. tinyurl.com/spcomzl

Ça balance sur les subventions agricoles

Comme il est bon d’être regardés! Dans un article paru le jour même de Noël, le New York Times (1) détaille le désastre des subventions européennes à l’agriculture. Mais commençons par ce cocorico : le long article s’ouvre sur une photo de la plage de Bon-Abri, dans la baie de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). C’est dégueu, c’est infect, c’est vert et spongieux jusqu’à l’horizon.

So what? Cela commence par une réunion technique d’un groupe de travail de l’Union européenne, à laquelle assistent, comme de juste, des lobbyistes. On y parle de pratiques agricoles «vertes», et à un moment passe à l’écran, au-dessus des têtes, une carte qui superpose les subventions européennes agricoles et les pollutions dans le nord de l’Italie. Les lobbyistes protestent. Les officiels de l’Union se frottent le nez, et la carte disparaît des comptes renduscomme par enchantement. Le Times, roi de l’infographie, rétablit les faits par une série de cartes où l’on comprend touten un clin : les subventions agricoles détruisent ce qu’elles sont censées protéger.

Citation : « L’Europe dépense presque 40% de son budget dans ces programmes, et de récentes enquêtes du Times ont montré qu’il soutient des forces antidémocratiques à travers le continent, et qu’il est administré par des officiels qui bénéficient de ces aides.»

On ne peut guère aller plus loin ici, mais disons encore qu’on voit depuis les satellites la prolifération des algues vertes en Baltique, produit direct des subventions européennes. Cette mer devient une dead zone, morte faute d’oxygène.

  1. nytimes.com/interactive/2019/12/25/world/europe/ farms-environment.html

Fabrice Nicolino. Charlie hebdo. 31/12/2019