La poursuite infernale !

L’an neuf et toujours : le bla-bla jupitérien au mépris assumé … Confirmant la continuité des délitements … L’espoir, quel espoir ?

Pôoooooooovrrrrrrre France, pays de la belle devise « Liberté-Egalité-Fraternité », ton peuple ne méritait pas ça ! MC

On à 60 patients dans la salle d’attente, c’est la merde

Leurs premières réunions, au début du mouvement, se tenaient à l’Hôtel-Dieu, dans le centre de Paris, puis un jour, étonnamment, ils n’ont plus eu accès à la salle. Depuis, ils se sont exilés dans un bar du 19e arrondissement. Neuf mois, maintenant, qu’ils sont en grève.

Quand le mouvement a été lancé, en mars, ils n’étaient qu’une poignée, depuis, ils ont essaimé : pas moins de 268 services d’urgences sur 637 sont en grève dans toute la France, à la mi-décembre, et ils ont été rejoints par les médecins et internes. Ils sont régulièrement en lien avec d’autres grévistes de province via un groupe WhatsApp.

Un message apparaît, qui fait état des difficultés en temps réel : « À Lille, on a 60 patients dans la salle d’attente. C’est la merde. ». Depuis le début du mouvement, quelques concessions leur ont été faites par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mais leurs conditions de travail sont toujours aussi déplorables.

Leurs revendications – davantage d’effectifs, une hausse des salaires, l’ouverture de lits supplémentaires – n’ont toujours pas reçu, à leurs yeux, de réponse convenable. Comme pour les pompiers, c’est une grève qui ne se voit pas : ils sont « assignés » par leur hôpital et sont donc tenus de travailler.

Une de nos interlocutrices, membre du collectif et infirmière à la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e), ne vient pas ce soir-là : « Debout depuis vingt-six heures, je vais aller dormir. »

Bienvenue dans la réalité du personnel paramédical des urgences. Ici, dans le petit groupe présent aujourd’hui, beaucoup ont choisi de travailler de nuit : « C’est encore là que l’on est davantage respecté, que l’on ne nous enlève pas nos jours de repos. Ceux qui travaillent de jour sont parfois contraints de venir six jours sur sept », nous explique Barbara, infirmière à Lariboisière (Paris 10e).

Une nuit de travail au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ou à la Pitié-Salpêtrière, pour l’infirmière d’accueil et d’orientation (IA0) qui reçoit en premier les patients pour « faire le tri » entre une urgence vitale ou non, c’est environ 60 personnes à voir, à la chaîne, de 21 heures à 7 heures du matin.

A Lariboisière, c’est au minimum 80 personnes, et ça peut aller jusqu’à 110. « On n’a pas le temps de pisser ni de manger. On se retrouve à boire un café en remplissant des feuilles administratives devant le patient, il a l’impression que tu n’es pas polie, alors que c’est la seule chose que tu as pu boire depuis le début de la nuit », raconte Barbara.

Comment tenir dans ces conditions ? « C’est un métier passion, rien ne vaut l’adrénaline des urgences », témoignent-ils en chœur. Ils prononcent aussi un mot que l’on penserait presque oublié : « On croit aux valeurs du service public », souligne Ines, infirmière dans le même hôpital.

Les urgences souffrent d’un manque crucial d’effectifs. En juin, 230 postes ont été ouverts pour le personnel infirmier et aide-soignant de l’AP-HP pour calmer la grève. « Mais les conditions de travail sont tellement difficiles qu’ils n’arrivent pas à recruter », nous explique-t-on. Une des infirmières, ce soir-là, pourtant passionnée par son métier, nous confie qu’elle entame une reconversion professionnelle. Elle ne manque pas de se faire charrier par ses collègues qui, en même temps, disent la comprendre. Ceux qui travaillent de nuit gagnent environ 1.800 euros net par mois. « On sait que l’on est chanceux par rapport à d’autres. Mais, au vu de ces conditions si difficiles, ce n’est pas énorme. »

Leur désespoir, c’est surtout le sentiment de ne pas pouvoir faire leur travail correctement. La «bienveillance », l’« empathie» sont des mots qui reviennent souvent dans leur bouche. « Ce sont des valeurs importantes pour notre travail, c’est comme ça qu’on conçoit notre métier, explique Ines, mais on n’a pas le temps. On risque de tomber parfois dans la maltraitante. » Quand un patient est aux urgences, impossible de prendre le temps de rassurer la famille qui attend.

« On en arrive à éviter de passer dans la salle d’attente pour ne pas croiser les familles, car on sait qu’on n’aura pas le temps de parler. » Une infirmière se souvient d’une dame en fin de vie arrivée aux urgences qui avait demandé à mourir entourée de ses proches. Mais personne n’a pu prévenir sa famille, restée dans la salle d’attente. Elle est morte seule. « Cette inhumanité, c’est nous qui la prenons en pleine tête », témoigne Barbara.

À chaque hôpital ses spécificités et ses drames.

Anne-Claire travaille au Kremlin-Bicêtre, un des hôpitaux où il y a le plus de patients en attente sur des brancards : 74 patients en moyenne par jour l’an passé, selon l’AP-HP. « Des personnes sont restées jusqu’à trois jours dans le couloir », souligne Anne-Claire. Une unité de soins gériatriques a fermé, ce qui a eu comme conséquence une augmentation des hospitalisations aux urgences de personnes âgées, d’ailleurs présentes en plus grand nombre dans ce secteur. Comme souvent, les urgences deviennent une réponse aux difficultés des autres services de l’hôpital et de la société.

En novembre dernier, cet établissement a été le premier à signer avec l’AP-RP un contrat « zéro brancard », l’une des mesures pour désamorcer les grèves. A la clé : l’ouverture d’une unité de soins gériatriques aigus. Mais ça ne fonctionne pas : « On ne peut pas compenser le manque de places avec seulement 12 lits, alors que 2 unités de soins gériatriques de 60 lits ont été fermées », déplore Anne-Claire.

De l’avis général, Lariboisière, c’est encore pire. Le personnel est d’ailleurs encore sous le choc d’un décès dans la salle d’attente aux urgences, il y a tout juste un an. Une femme de 55 ans est décédée douze heures après son admission, sans même avoir été examinée par un médecin.

« Il n’y a pas de faute individuelle d’un soignant, mais une série de dysfonctionnements qui n’ont pas permis d’arrêter le processus menant au drame », constatait un rapport de l’AP-HP. Bref, des urgences débordées et pas assez d’effectifs, encore et toujours. « Les mois précédant le décès, on avait utilisé tous les recours possibles », raconte Barbara.

Lariboisière, son surnom, c’est « la cour des Miracles ». L’hôpital est saturé, notamment en raison de la présence de nombreux SDF qui n’ont pas d’hébergement. « Mme Buzyn dit qu’ils n’ont rien à faire là. Sauf qu’ils sont là !» s’émeut Barbara.

Ubuesque. « On doit les accueillir, mais on nous explique qu’il ne faut pas leur proposer quoi que ce soit, c’est inhumain de les laisser comme ça, poursuit-elle. Certains ont faim, ou doivent être soignés. Ils n’ont pas les même codes parfois, leur situation fait qu’ils vont se mettre à faire pipi ou caca dans la salle, et nous, on doit gérer ça et gérer aussi les malades qui se plaignent et demandent pourquoi il y a des SDF à côté d’eux. »

Ce sont les infirmiers eux-mêmes qui ont dû solliciter des rendez-vous avec la mairie du 10e pour trouver une solution. Un centre d’hébergement a ouvert dans le quartier, mais ne suffit pas à endiguer le nombre de SDF qui viennent se réfugier à Lariboisière.

Marie-Pierre, elle, est infirmière à Necker (Paris 15e), un hôpital spécialisé pour les enfants. « Traditionnellement, la situation des hôpitaux pour enfants est toujours plus protégée, commence-t-elle. Jusqu’à cet hiver. Pour la première fois, 24 enfants ont été transférés hors de l’Île-de-France. »

Des enfants, le plus souvent des nourrissons, ont été envoyés en réanimation à Amiens, à Rouen, notamment suite à l’épidémie de bronchiolite, parce qu’il n’y avait pas assez d’infirmiers, ce qui a eu pour conséquence l’impossibilité d’ouvrir suffisamment de lits. « Les parents vont devoir faire 200 km pour voir leurs gamins, sans compter la prise de risque supplémentaire dans les transports », déplore-t-elle.

« On a frôlé la catastrophe sanitaire, si l’épidémie avait été plus intense, il y aurait certainement eu des morts », disait d’ailleurs un chef de service sous couvert d’anonymat. Il y a eu cette quinquagénaire morte aux urgences l’an passé. Faudra-t-il cette fois-ci le décès d’un enfant pour faire bouger les choses ?


Laure Daussy. Charlie hebdo. 24/12/2019

2 réflexions sur “La poursuite infernale !

  1. jjbey 02/01/2020 / 18:03

    Faut choisir ou les profits monstrueux ou la santé, l’école….les services publics. Macron et sa bande ont choisi , à nous de leur faire savoir que nous ne sommes pas d’accord…Vous avez dit municipales? Pourquoi pas………..

  2. tatchou92 02/01/2020 / 18:15

    Il y a quelques années, le patron d’un service d’urgences disait : « un jour on tuera ». Il faisait allusion à la situation tendue des services d’urgences. Il avait raison, c’est arrivé et cela risque de se reproduire..
    J’ai moi même été infirmière hospitalière avec bonheur et fierté même. Je ne reconnais pas l’hôpital que j’ai aimé, et qui maltraite aujourd’hui ses patients, ses personnels au nom d’une logique inhumaine. Notre santé est en danger !
    Merci Michel pour cette publication qui ne m’avait pas échappée et cela me permet d’avoir une pensée émue pour nos amis de Charlie, sauvagement assassinés, il y a 5 ans.

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