L’universalité, ce n’est pas l’uniformité

À l’heure où vous lirez ces lignes, vous serez certainement en train de préparer les excès culinaires de cette fin d’année 2019.

Certains d’entre vous auront pu monter dans un train et retrouver leur famille, les moins chanceux se contentant de passer une fin d’année devant la télé, à regarder les émissions déprimantes. Car à l’heure où vous tirez ces lignes, les grèves et les manifestations contre le projet de réforme des retraites n’auront certainement pas pris fin.

Le chef du gouvernement à 20h, dans la lucarne répétera que c’est une réforme juste, car elle met fin aux régimes spéciaux, remet plus d’égalité entre les salariés et rétablit la justice en instaurant, par exemple, une retraite minimum pour les agriculteurs.

Il est vrai que beaucoup d’agriculteurs touchent une retraite dérisoire, pas du tout à la hauteur du travail qu’ils ont effectué toute leur vie. Cette revalorisation de La retraite des agriculteurs pose questions :

  • Pourquoi leur retraite est-elle si faible?
  • Parce qu’ils ont peu cotisé.
  • Et pourquoi ont-ils peu cotisé?
  • Parce que leurs revenus étaient peu élevés.
  • Et pourquoi leurs revenus étaient-ils peu élevés?
  • Parce que la grande distribution leur a imposé pendant des années des prix d’achat de leur production le plus bas possible, et par là même des revenus très faibles, et donc des cotisations pour la retraite tout aussi faibles.

Les vrais responsables des petites retraites des agriculteurs sont les supermarchés et les groupes qui les possèdent.

  • Ce n’est donc pas à l’État de compenser les retraites des agriculteurs, mais à la grande distribution, qui s’est toujours gavée sur leur dos.

On demande aux grévistes de faire des propositions alternatives aux projets du gouvernement.

  • En voici une : faire payer à la grande distribution, sous forme de taxe, les retraites que méritent les agriculteurs.

Cet exemple, montre que la notion d’universalité des retraites que brandit sans cesse le gouvernement est bidon.

Le régime de retraite ne peut pas être universel, car il n’existe pas d’universalité des métiers et des compétences.

Le moment où on sort de ta vie active ne peut être universel, pas plus que te moment où on y entre. Quand on passe un entretien d’embauche, on sait très bien que le patron qui vous interroge sur vos compétences n’a pas une vision universelle des postulants qu’il voit défiler devant lui. Il embauchera telle personne avec un salaire qui correspond à ses compétences, mais il en embauchera une autre avec des contraintes contractuelles différentes parce qu’elle possède d’autres qualités. L’universalité des retraites ne peut pas exister car l’universalité de l’embauche n’existe pas.

Le mot « universalité » est dévoyé pour faire passer une réforme des retraites qui nie la spécificité de chacun.

L’universalité de l’être humain n’a rien à voir avec la singularité de chaque femme et de chaque homme. Unique et en même temps universel. Ces deux notions apparemment contradictoires sont en fait complémentaires. Le rire est une propriété universelle, mais pas mon régime de retraite. La tristesse est un sentiment universel …


D’après un article de RISS. Charlie Hebdo. 24/12/2019