Isolation …

Rénovation énergétique: les arnaques se multiplient

Démarchages agressifs, mensonges éhontés sur les subventions accordées et les économies réalisées, travaux trop chers et bâclés : les aides à la rénovation énergétique ont favorisé la prolifération d’escrocs. Au détriment des particuliers et des artisans sérieux…

Crédit d’Impôt pour la Transition Energétique (CITE), monétisation des Certificats d’Economie d’Energie (CEE), éco-Prêt à Taux Zéro (éco-PTZ), ou encore subventions de l’Agence NAtionale de l’Habitat (Anah), : depuis plusieurs années, les pouvoirs publics multiplient les mesures pour inciter les particuliers à abandonner les énergies fossiles, à isoler leur logement et, ainsi, diminuer leurs factures de chauffage.

Cette politique s’est encore renforcée en 2019 avec la création d’un CITE spécifique pour les familles aux ressources modestes (ce dispositif a, depuis, été amendé par la loi de finances pour 2020) et l’élargissement des aides « Coup de pouce chauffage » et « Coup de pouce isolation » à l’ensemble des ménages et pas seulement aux plus démunis. En agrégeant plusieurs de ces dispositifs, il est aujourd’hui possible, sous certaines conditions, de faire isoler ses combles perdus et ses planchers bas ou de changer de chaudière pour… un euro symbolique !

Mais, en fin de compte, les ménages sont-ils réellement gagnants ? Malheureusement, non. La multiplication d’actions encourageant les travaux d’économie d’énergie a favorisé l’arrivée d’escrocs dans ce secteur.

Démarchages agressifs, prestations surfacturées et réalisées en dépit du bon sens… Voici comment des sociétés sans scrupules réussissent à dévoyer des dispositifs vertueux.

Des techniques de vente agressives

«Je ne compte plus les multiples appels téléphoniques d’entreprises, soi-disant mandatées par Engie ou Enedis, me proposant des offres alléchantes pour réaliser des économies d’énergie ou réduire mes charges. Curieusement, on me raccroche au nez lorsque je réclame un courrier précisant ces offres. J’imagine que certaines personnes âgées moins averties que moi peuvent se laisser facilement prendre au piège », déplore Anne-Marie, une fidèle lectrice du Particulier.

Quant à Joël et son épouse, ils ont bien failli se faire avoir. «Ma belle-mère avait réalisé l’isolation de ses combles pour un euro et était très satisfaite du résultat, raconte Joël. Je suis allé sur internet pour vérifier mon éligibilité à ce dispositif. Dans la demi-heure, j’ai reçu un appel téléphonique d’une personne qui m’a demandé la surface de ma maison, ainsi que mon numéro fiscal. Elle a immédiatement envoyé un bon de commande par mail. Quand nous nous sommes aperçus, avec mon épouse, que notre signature avait été falsifiée, nous avons craint une arnaque et aussitôt fait jouer notre droit de rétractation. Puis, pendant plusieurs semaines, nous avons dû affronter le harcèlement téléphonique et les menaces de procès de cette centrale d’appels, apparemment située à l’étranger. »

Ce type de démarchage téléphonique émane effectivement de centres d’appels installés hors de nos frontières, le plus souvent en Israël et au Maroc. L’objectif de ces plateformes est d’obtenir le maximum de « leads », c’est-à-dire de contacts commerciaux qui sont ensuite revendus aux entreprises réalisant des travaux. Un marché très lucratif, opaque, propice au blanchiment d’argent.

Les méthodes des escrocs

Rémy*, salarié d’une société spécialisée dans le « démarchage énergétique », a accepté de témoigner. « Nous avons des consignes, notamment faire croire aux clients que les travaux ne leur coûteront qu’un euro alors qu’on sait très bien qu’ils en seront de leur poche. On invente des aides, des crédits d’impôt, des économies d’énergie… On facture les travaux trois fois leur prix et on leur fait signer un prêt à la consommation sans leur dire. On vérifie juste qu’ils ne sont pas fichés à la Banque de France. Pour le reste, on falsifie les dossiers pour que l’organisme de financement accorde le prêt. On cible volontairement les populations les moins instruites et les plus vulnérables. On ne doit pas s’en aller tant que le devis n’atteint pas, au moins, 40.000 €. On a vu des clients pris à la gorge être contraints de vendre leur maison; certains ont même fait des tentatives de suicide ».


* Le prénom a été modifié.


Valérie Valin-Stein. Revue « Le Particulier » janvier 2020 n° 1164