Aéroport de Toulouse : transactions – entourloupes

Petit à petit des révélations parviennent aux oreilles des Français concernant l’embrouille autour de la vente de l’aéroport de Toulouse. ADP sera-t-elle la prochaine ???

Il y a bien longtemps l’aéroport de Toulouse appartenait à tous les Français au travers des impôts qu’ils payaient, leur appartenait toujours lorsque les autorités locales et nationales (département, la région et l’État) investir pour mettre normes cette valeur sûre de l’aviation qu’est l’aéroport de Toulouse. Puis l’État en recherche de capitaux decida de vendre au moins un pourcentage de ce bien, comme bien d’autres joyaux appartenant à l’État français donc à tous les Français, afin de combler la dette de la gestion des différents gouvernements.

Ce qui semblait être, entre guillemets, une vente « rentable », devient une affaire d’État dont seuls quelques technocrates ont le secret en s’entendant pour dépouiller les valeurs immobilières françaises aux profits de quelques groupes financiers internationaux aux agissements plus ou moins mafieux, le tout avec l’assentiment d’Emmanuel Macron, ses ministres. MC


Le jackpot des Chinois de Toulouse

200 M€ de plus-value et 30 Md’€ de dividendes pompés à l’État grâce à Macron !

C’est presque un secret d’État : combien Éiffage va-t-il casquer pour racheter la moitié de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, privatisé en 2015 au profit de la société chinoise Casil ? Du côté du groupe de BTP, silence radio.

Le ministère des Transports, qui a la tutelle sur l’aéroport, renvoie à Bercy, vers l’Agence des participations de l’État (APE). Laquelle, vertueusement, se refuse à « violer le secret des affaires ».

Le secret, le voici : Éiffage va débourser, selon une partie prenante au dossier, 507 millions pour acquérir ce que Casil avait payé… 308 millions. En ajoutant 30 millions de dividendes ra­massés durant la période, sa plus-value s’élève à 75 % en un peu plus de quatre ans. Bizarrement, l’État n’est guère pressé de révéler le dernier acte de cette brillante opération orchestrée par Macron alors qu’il était ministre des Finances.

Bercy a fait preuve, dès le début, d’un singulier aveuglement. L’acquéreur (une société au capital considérable de 10.000 euros) n’était autre que le prête-nom d’une société d’Etat chinoise et d’une autre, créée pour l’occasion aux îles Vierges britanniques, paradis fiscal bien connu. Aucune n’avait la moindre expérience de la gestion d’un aéroport. Cette exigence, il est vrai, ne figurait pas dans le cahier des charges de la privatisation !

Peut-être l’APÉ a-t-elle eu du mal à se renseigner ? Selon un rapport de la Cour des comptes publié en octobre 2018, l’adresse de Casil à Paris était « celle d’une société spécialisée dans la domiciliation d’entreprises, et aucune plaque n’attestait une présence physique de Casil » dans le bâtiment. En affaires, il est préférable de rester discret.

Bercy ne s’est guère plus démené pour fourguer l’aéroport au meilleur prix. La Cour des comptes a révélé que la Société générale, choisie par l’État pour obtenir un prix de vente maximal, s’était généreusement fourré le doigt dans l’œil. L’aéroport s’est finalement vendu 75 % plus cher que le prix qu’elle conseillait !

Eiffage d’or

Surprenant commentaire de la Cour : « La question des conflits d’intérêts entre conseils [de l’État] doit être anticipée et traitée avec la plus grande fermeté pour limiter les risques contentieux ou au moins d’image ». Insinuerait-elle que l’État, au moment de s’assurer que ses banquiers conseils n’avaient pas partie liée avec les acquéreurs potentiels, aurait manqué de « fermeté » ?

L’aéroport a ensuite été mis en coupe réglée. Dès leur arrivée, les Chinois ont tout chamboulé. Le bénéfice, qui n’était distribué en dividendes qu’à hauteur de la moitié, le sera à 100 %. Et les réserves de l’aéroport (les dividendes mis de côté lors des années précédentes) seront largement entamées, pour être reversées aux actionnaires. Le tout avec l’assentiment de l’Etat (encore actionnaire à 10,1 %), qui a constamment soutenu la voracité de Casil. Et pour cause il avait signé un, pacte d’actionnaires secret avec les Chinois (révélé en 2014 par Médiapart).

 Lequel prévoyait notamment que la puissance publique laisserait les mains libres à Casil avant de lui céder ses 10,1 % (une façon de lui offrir le contrôle total de l’aéroport !) Le plan a été abandonné par l’État quand Mike Poon, le patron de Casil, a mystérieusement disparu pendant deux ans. Il est réapparu fin 2017 pour toucher son pactole.


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 18/12/2019