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Une circulaire d’un peu plus de six pages signée de Christophe Castaner, sème la zizanie.

À moins de trois mois des municipales, le ministre de l’Intérieur l’a adressée aux préfets et hauts-commissaires, avec un message clair tenant en une phrase soulignée: «Vous attribuerez une nuance politique lors de l’enregistrement des candidatures, à chaque liste candidate ainsi qu’à chaque candidat de chaque liste, seulement dans les communes de 9.000 habitants et plus, ainsi que dans les communes chefs-lieux d’arrondissement, quelle que soit leur population.»

Pour guider les représentants de l’État dans les territoires, le ministre fournit les grilles de nuances en précisant certains « éléments à prendre en compte ».

Par exemple, si la nuance de chaque liste est établie à partir des « investitures officielles », le ministre prend soin de préciser comment cette opération devra être menée si une liste est investie par plusieurs partis. Ainsi, la nuance « Union des partis de gauche » est réservée aux listes investies par le PS et par au moins un autre parti de gauche. La nuance « Union de la droite » concernera les listes investies par LR et un autre parti. Quant à la nuance « Divers centre (DVC) », attribuée aux listes « investies par plusieurs partis dont LREM ou le MoDem », elle aura « vocation à être attribuée aux listes de candidats qui, sans être officiellement investies par LREM, ni par le Modem, ni par l’UDI, seront soutenues par ces mouvements ».

Pour la droite, la ficelle est trop grosse. « C’est une supercherie totale ! », accuse Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée. « C’est tout simplement sidérant et très grave », dénonce le député Olivier Marleix, pour qui l’attribution des nuances aux communes de 9 000 habitants et plus consiste « purement et simplement » à rayer de la carte électorale « 96 % des communes et 50 % des Français ». « Ce serait du jamais-vu dans la présentation des résultats », proteste le parlementaire.

Les communes de moins de 9 000 habitants, en effet, ne seront plus obligées de déclarer leur couleur. C’est le deuxième « scandale » pointé par les élus qui voient là encore un moyen d’effacer la fragilité de l’implantation macroniste. Face à ce qu’ils osent qualifier de « grossière manipulation politique destinée à masquer la grande fragilité de LREM dans les territoires », les députés LR n’excluent pas d’engager une saisine du Conseil d’État ou tout autre moyen de contester l’initiative ministérielle.

[…] le gouvernement a choisi de passer par la voie réglementaire plutôt que législative dans le but d’« aller là où il veut aller, sans avoir de débat démocratique sur le sujet ».

[…] la circulaire diffusée par Castaner viserait surtout à camoufler les scores LR-EM aux prochaines municipales et exprime aussi une forme de « mépris des territoires ». « C’est une façon de gommer cette France des “gilets jaunes”, qui est la moins macroniste de toutes. » […]

C’est une véritable dérive institutionnelle.

La stupéfaction est de même intensité au sein du Parti socialiste. Pierre Jouvet, président de la commission électorale, n’en croit pas ses oreilles. « C’est absolument incroyable. Décidément, avec LR-EM, tout est permis. Tous les vices de la vieille politique politicienne sont utilisés. Cette circulaire cherche à réduire le débat démocratique à un débat national, en gommant leur défaite électorale annoncée. Ce n’est pas acceptable ! », s’emporte le porte-parole du PS.

En dehors du LR – EM et du MoDem, aucun parti politique n’a l’intention d’en rester là.


Emmanuel Galiero. Le Figaro. Titre original : « Municipales : la circulaire Castaner suscite la colère à droite et à gauche ». Source (extrait)