Simulateur de rien …

Cette réforme des retraites, moi, elle m’a mis l’angoisse.

L’âge pivot, dont j’ignorais l’existence, rien que son nom fout la trouille.

Et les autres thèmes ? Une espérance de vie en bonne santé faible ; être à la retraite plus tard, pour être malade plus longtemps. Mais alors le pire, ce fut l’expérience du simulateur de retraite.

J’avoue : il ne m’était jamais venu à l’esprit de calculer ma retraite. Eh bien, je n’ai pas été déçu. Car des simulateurs de retraite, il n’en existe pas un, mais des palanquées. Pratiquement un par banque et par compagnie d’assurances. J’ai donc décidé de les faire tous, pour essayer d’y voir un peu moins clair.

Le résultat fut sans appel : si je prends ma retraite à 62 ans (dans un état de délabrement que je vous laisse imaginer), je toucherai une pension variant, selon les sites, du simple au triple. Entre 1.168 euros et 3.121 euros. Et, de toute façon, cela dépend de la pelletée d’années durant lesquelles je vais encore devoir trimer, qu’il s’agisse de rassembler mes trimestres ou d’accumuler des points.

En attendant, la fourchette qui m’est simulée est un ustensile à deux dents, très écartées.

Première hypothèse, je peux m’acheter un iPhone par mois, un iPhone mais rien d’autre. En revanche, si je dépasse les 3.000 euros, même si je ne suis toujours pas Bill Gates, je ne suis plus qu’à un iPhone des 10 % des Français les plus riches. Pour les rejoindre, il faut palper 4.232 euros par mois.

Pourtant, depuis le temps, on aurait dû apprendre à se méfier des applications et des simulateurs.

Les applis destinées à nous guider dans le choix de nos aliments le disent de manière indubitable : il faut surtout ne rien avaler. Même chose pour la retraite : à moins de se précipiter dans le premier fonds de pension venu, au mieux, nous finirons notre vie, vieux, malades et pauvres.

Si au moins il y avait un simulateur officiel… Emmanuel Macron nous l’avait promis, il devait être en ligne le 18 décembre, mais non. Pas de simulateur d’État avant septembre 2020 au mieux. Et pourquoi ? La raison va vous faire frémir : parce que c’est compliqué de calculer nos retraites. Même l’État n’y arrive pas…

Si on le compare à cette réforme des retraites, le débat sur l’euthanasie était rassurant. Au moins lui nous promettait une fin douce.


Guillaume Erner. Charlie hebdo. 18/12/2019