Audiovisuel. Pourquoi les grèves …

Et de trois. Après le plan social de France Télévisions et le plan de départs de Radio France, place à la charrette de France Médias Monde (FMM) !

Les salariés de l’audiovisuel extérieur (France 24, RFI et Monte Carlo Doualiya) ont eu la joie de l’apprendre la semaine dernière : ça y est, c’est leur tour… Vendredi 6 [dec 2019], entre la grève contre la réforme des retraites et celle contre la réforme de Radio France, Edouard Philippe avait pris discrètement une mesure dont il a le secret : 8 millions d’euros sucrés dans le budget de FMM pour les années 2020 et 2021.

Quelques jours plus tard, la direction de FMM a assuré le service après-vente de Matignon : le groupe va subir un « plan de départs volontaires »… dont on connaît déjà les volontaires.

Trente postes de journaliste vont passer à la trappe d’ici à 2022 : une dizaine à RFI, qui a déjà connu deux plans sociaux (en 2012 et en 2014) et va encore devoir rogner sur ses rédactions anglaise et portugaise, et une vingtaine à la radio arabophone Monte Carlo Doualiya, qui, en perdant un quart de sa rédaction, paie le plus lourd tribut. Résultats, d’ici à deux ans : moins d’émissions, moins de magazines, moins d’info sur (et à destination de) l’Afrique et le monde arabe.

Ironie de l’histoire ? Le 5 décembre, lors de l’examen du projet de loi de finances, une majorité de sénateurs avaient demandé au gouvernement d’accorder plus de moyens à l’audiovisuel public extérieur (267 millions de budget) pour « porter la voix de la France » et « s’armer contre la « guerre froide de l’information » » dans les nouvelles zones frappées par la propagande russe, chinoise ou djihadiste. Les sénateurs réclamaient 10 millions de plus. Réponse de la Macronie : 8 millions en moins !

Et joyeux Noël !

Cette douche froide sur FMM a un goût de déjà-vu et révèle un savant stratagème gouvernemental. Pendant que Macron promettait sa belle réforme audiovisuelle et que Franck Riester, son ministre de la Culture, faisait de la mousse avec la création d’un holding regroupant tous les médias publics, Edouard Philippe les attaquait par la porte arrière. La charge, en trois temps, a commencé en janvier 2019, contre France Télé : 160 millions d’euros sucrés, se traduisant par un plan de 900 départs.

En juin, feu sur Radio France : 20 millions d’euros de baisse et, à la rentrée, l’annonce de 299 suppres­sions de postes. Pour conclure, au mois de décembre, avec FMM…

Une particularité : les patronnes des trois entités, Delphine Ernotte, Sibyle Veil et Marie-Christine Saragosse, n’ont pas moufté. Elles ont même déployé un zèle manifeste dans la programmation de leurs plans sociaux. Fut un temps où leurs prédécesseurs se battaient un peu plus pour défendre leurs troupes… Cette époque semble révolue.

Car Ernotte, Veil et Saragosse y pensent tous les matins en se levant : miroir, mon beau miroir, serai-je celle qui dirigera le fameux holding créé par Macron ?


Christophe Nobili. Le Canard enchaîné. 18/12/2019


La vision du mouvement par « Le Parisien » …

Le conflit à Radio France s’enlise. Ce jeudi [19 dec 2019], le groupe s’attend à une nouvelle « journée blanche », avec très peu de programmes diffusés sur les antennes et beaucoup de musique à la place. La CFDT, le SNJ, l’UNSA et SUD ont rejoint pour une journée la grève lancée par la CGT le 25 novembre dernier. Les salariés protestent contre le plan conçu par la patronne du groupe public, Sibyle Veil, qui vise à supprimer 299 postes sur un total de 4 400, et à en recréer 76 pour développer le numérique.

Sont menacés : un tiers du chœur de Radio France et des salariés de FIP, des dizaines de postes à la documentation, à l’informatique, de réalisateurs et de technicien et aussi à l’accueil et à l’entretien du bâtiment…

Près d’un mois après son lancement, le mouvement perdure et de nombreuses interrogations persistent. Où en sont les négociations ? C’est bien la seule chose sur laquelle les syndicats et la direction sont d’accord : les discussions sont au point mort. « Nous demandons le retrait du plan de départ volontaire et les seules discussions qu’on nous propose portent sur les modalités d’application du plan… », soupire un syndicaliste.

Ce week-end, Sibyle Veil, elle, s’est montrée droite dans ses bottes. Elle a dénoncé un mouvement suivi par une minorité de salariés et a exclu tout abandon de son projet. « Ce serait irresponsable », a-t-elle déclaré dans le « Journal du dimanche ». En début de semaine, la patronne est allée à la rencontre des équipes de France Inter, première radio de France, et de France Culture. L’ambiance était glaciale. « C’est une erreur de croire que seule la CGT est contre ce plan. Tout Radio France y est hostile », estime Valeria Emanuele, élue du SNJ Radio France, qui rejoint la danse jeudi. Combien de temps cela va durer ? « Personne n’en a la moindre idée », constate une des figures de l’antenne… « Y aura-t-il une trêve à Noël? », demande un autre. « On n’a pas encore décidé si on continuait le mouvement pendant les fêtes ou si on faisait une pause avant de reprendre en janvier », explique un syndiqué.

En attendant, la playlist de grève continue de tourner sur France Info, France Inter, France Bleu et compagnie. Le gouvernement va-t-il intervenir ? « L’effort demandé à Radio France est soutenable », martèle Franck Riester, en rappelant que toutes les administrations et entreprises publiques doivent se serrer la ceinture. Mais, empêtré dans la réforme des retraites, le gouvernement se tient à bonne distance du conflit de Radio France.

[…] « Ce serait un comble que le gouvernement vienne mettre de l’huile sur le feu alors que c’est lui qui exige ces économies », souffle un connaisseur, qui rappelle que Bercy a décidé de baisser la redevance d’un euro en 2020, soit un manque à gagner de 25 millions d’euros au total. Tout en demandant 60 millions d’euros d’économies à Radio France… […]


Benoît Daragon. Le Parisien. Titre original : « Radio France en grève : pourquoi le mouvement ne flanche pas ». Source (extrait)