Une idéologie « libérale » privatisant le service public

À chaque élection, on déplore ta baisse du taux de participation.

Car à quoi bon voter pour placer à la tête de l’État des individus qui semblent n’avoir pour seul souci que de l’affaiblir, au motif qu’il faudrait alléger les impôts [des plus fortunés surtout] et réduire les lourdeurs de l’administration?

L’État est supposé défendre l’intérêt général, et c’est d’autant plus crucial qu’il est le seul à en avoir les moyens. Mais de plus en plus, ses représentants, démocratiquement élus, veulent le désengager de l’action publique en déléguant au secteur privé des pans entiers de ses prérogatives.

Pourquoi alors voter pour des acteurs qui, une fois élus, répètent comme Jospin que « l’État ne peut pas tout ». On ne lui demande certes pas de « tout » faire, mais au moins d’assurer un service public qui ne consiste pas uniquement à faire rouler un minimum de trains les jours de grève pour soulager les salariés, mais aussi un service minimum de protection des individus comme avec une retraite juste, y compris sous la forme de régimes spéciaux.

Celui qui saura reprendre à son compte la défense d’un État plus déterminé à se battre pour l’intérêt général aura de sérieuses chances d’être élu.

Défendre l’hôpital public, l’école publique, les transports publics, au lieu de les vendre par petits morceaux au secteur privé toujours à l’affût de nouveaux marchés bien juteux.

Dans les années 1990, la mode était à La privatisation des régies municipales des eaux, et toutes les boîtes privées, comme la Lyonnaise des eaux, la Générale des eaux ou Saur (à l’époque détenu par Bouygues), ont ainsi récupéré l’assainissement des eaux de nombreuses villes. Vingt ans après, le prix de l’eau avait augmenté, et les usagers ont compris qu’ils payaient d’abord pour engraisser ces groupes cotés en Bourse.

Il suffit de voir pulluler actuellement les publicités pour des mutuelles privées qui proposent des retraites complémentaires pour comprendre qu’il en est de même.

Le projet de réforme actuel n’est pas une maladresse, mais La mise en œuvre d’une idéologie qui vise à privatiser progressivement les services publics.

Comme les municipalités, qui aujourd’hui reprennent la main sur la distribution de l’eau, il faut déjà penser à après-réforme des retraites, une fois qu’elle aura produit ses effets et nous fera déjà regretter le système actuel.

La gauche a une opportunité de proposer un programme de reconstruction des services publics presque aussi ambitieux que celui édifié sous la IIIe République avec l’école, le chemin de fer et les hôpitaux.

Si elle ne le fait pas, c’est Marine Le Pen qui se vantera de vouloir le faire, et même si elle en est probablement incapable, son discours risque de trouver un écho chez des Français désespérés de voir leur système public abandonné jour à après jour aux plus offrants.


Éditorial de Riss – Charlie Hebdo. 18/12/2019


Une réflexion sur “Une idéologie « libérale » privatisant le service public

  1. jjbey 19/12/2019 / 14:52

    Au fait ça rapporte combien ces profits sur le dos des usagers?
    Il y a aussi la sous traitance comme à la SNCF de l’entretien des voies.
    Quand le boulot n’est pas fait ça fait Brétigny et ses victimes.
    On attend toujours le procès.

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