Racines !

Qui… !

Loin d’être un passe-temps d’un autre âge, réservé à une élite, la généalogie est une pratique très en vogue, dépoussiérée par de nouveaux outils.

Retracer l’histoire de sa lignée pour constituer un arbre généalogique le plus complet possible, en remontant aussi loin que les archives le permettent, est devenu une pratique très répandue. Près de sept Français sur dix disent s’y intéresser et ont déjà entrepris des recherches sur leur famille ou leur nom, selon la Fédération française de généalogie (FFG).

Registres d’état civil, actes notariés, coupures de presse, recherches sur Internet… Les procédés sont multiples pour remplir les blancs d’un puzzle familial (même si tout le monde n’est pas prêt à lever le voile sur certaines zones d’ombre).

Une large démocratisation

Il n’en a pas toujours été ainsi. Selon Jean-Louis Beaucarnot, auteur d’un Que sais-je ? Sur la généalogie (1), il s’est longtemps agi d’un outil de légitimation sociale, utilisé principalement par les notables. « Les autres classes n’avaient ni les moyens, ni les loisirs de s’y intéresser », et l’exercice était surtout réservé à des professionnels. Des historiens spécialisés en généalogie ou des généalogistes successoraux, souvent sollicités par les notaires en cas de succession nébuleuse, exercent encore aujourd’hui Mais ils ont été rejoints par des milliers d’amateurs, pour la plupart autodidactes.

Si remonter le temps nécessite un savoir-faire important, ne serait-ce que pour déchiffrer des sources écrites de plus en plus anciennes, la numérisation des fonds des collectivités (archives municipales, départementales, nationales) les a rendus accessibles au plus grand nombre. Ces trésors sont aujourd’hui consultables en ligne et gratuitement d’énormes bases de données qui s’enrichissent d’année en année.

Y puiser est facilité par les outils informatiques modernes qui permettent de jouer sur les contrastes d’un vieux registre, zoomer, etc. De plus, les nouveaux adeptes de la généalogiejouent à plein de la puissance des réseaux sociaux, partageant méthodologie, bons plans et autres coups de main.

Les tests ADN à la rescousse ?

« Tout ce qu’un généalogiste mettait des mois à trouver auparavant est à portée de clics », confirme jean-Louis Beaucarnot. L’engouement est tel que, depuis quelques années, une pratique non autorisée par la loi française (2) se développe : le recours aux tests ADN, en s’adressant à des laboratoires situés à l’étranger, dans l’espoir de dépasser les blocages occasionnés par des archives incomplètes par exemple. Les analyses conduites par ces sociétés commerciales permettent, avec une relative fiabilité, de connaître la répartition géographique de ses origines génétiques.

Par la suite, certaines personnes parviennent parfois à repérer d’éventuels cousinages… en ayant ainsi pris le risque de confier leurs données personnelles à des sociétés privées qui en font un commerce juteux. En octobre dernier; dans le cadre de l’examen du projet de loi bioéthique, les députés ont d’ailleurs décidé de maintenir l’interdit concernant ces tests dits « récréatifs » (ndlr : réalisés hors motif médical, judiciaire ou de recherche scientifique). Ils ont même souhaité renforcer la législation en interdisant également désormais, »tout démarchage à caractère publicitaire portant sur l’examen des caractéristiques génétiques constitutionnelles d’une personne ».


Une source pour les historiens

La généalogie ne sert pas seulement à satisfaire un intérêt personnel ou à dénouer les fils d’une succession embrouillée. Cette science des origines et de la filiation constitue aussi une mine pour les historiens. Dans le département des Hautes-Alpes, les registres d’écrou recensant les détenus de 1832 à 1917 viennent d’être publiés en open data. Ils contiennent des indications précises sur l’identité des prisonniers, mais aussi sur leur origine sociale, le motif de l’incarcération et la durée de leur peine. Des éléments précieux pour les chercheurs… comme pour les familles en quête des avatars de leurs ascendants.


Gaëlle Cloarec – Revue « Valeurs Mutualiste » n° 318.


  1. Ed. PUF, 2003.
  2. Selon le Code civil, seuls des médecins ou des juges peuvent ordonner un test génétique à des fins médicales ou de recherche de filiation. Les contrevenants sont passibles d’une amende de 3750€.