Je ne serais jamais à leur place …

… cette affirmation, émanant d’un adhérent d’un des syndicats concurrents à la CFDT, qui défilait aujourd’hui dans une des rues de province, détruit le message que veut faire passer le syndicat habituer à jouer les conciliateurs avec les gouvernements en place comme le porte en filigrane, l’article édité par Médiapart, ce jour. 

CFDT: ce que pensent les militants du revirement de Berger

Après avoir soutenu pendant des mois le système par points, Laurent Berger appelle ses adhérents à manifester le 17 décembre contre les mesures d’économies contenues dans la réforme des retraites. La base de la CFDT, plutôt en phase avec sa tête de pont, se dit « soulagée » de prendre part à la mobilisation.

[…] Le 11 décembre 2019, après les annonces du premier ministre, le discours de la CFDT a changé de ton. […][…] Laurent Berger appelle […]  à la mobilisation de ses troupes, le 17 décembre, jour de manifestation lancé par les syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires et CFE-CGC. « Pour la CFDT, il y avait une ligne rouge dans cette réforme : ne pas mélanger la nécessité d’une réforme systémique pour rendre le système plus juste, plus lisible, et la réforme paramétrique qui demanderait aux travailleurs de travailler plus longtemps, avait expliqué Laurent Berger après le discours d’Édouard Philippe. Cette ligne rouge est franchie. » Comment les militants, dans les entreprises ou dans l’administration, assument-ils ce changement de pied ?

Certains secteurs étaient déjà notoirement plus mobilisés que le secrétaire général. Ainsi de la CFDT-cheminots, de même que dans le secteur privé aussi, des militants trépignaient. Chez Total, par exemple, où les salariés travaillant dans les stations-service ou sur les raffineries sont particulièrement attentifs à la prise en compte de la pénibilité, les manifestants seront nombreux à marcher le 17 décembre. […]

Geoffrey Caillon évoque les ordonnances sur la réforme du code du travail, ou les négociations sur l’assurance-chômage, qui ont laissé un goût amer au sein du syndicat réformiste : « Dans les entreprises, les syndiqués ont dit : “On s’est fait avoir une fois, on ne se fera pas avoir une deuxième fois.” Après, ce n’est jamais un soulagement de se mettre en grève. Mais on est cohérents : on avait dit quelle était notre ligne rouge. On s’y tient. »

Du « soulagement », cet élu CFDT cadre, qui travaille dans le secteur de la culture et de la communication, emploie néanmoins le mot. « Pour une fois, on est du côté du mouvement social, et pas dans un projet de casse du mouvement social, comme cela avait pu être le cas en 1995, dit-il. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu autant d’adéquation entre la politique confédérale et les aspirations de la base. » Il avoue sa « fierté retrouvée » d’être l’adhérent d’un syndicat « qui donne un second souffle au mouvement. Si le gouvernement recule sur l’âge pivot, ce sera la victoire de la CFDT, et le fait que la CFDT ait réussi à instaurer un rapport de force favorable me conduit à penser qu’on pourra obtenir des avancées sur la pénibilité ou le calcul du point ».

Une victoire, ou le succès d’un leurre placé là à dessein, s’inquiètent certains.

Patrick de Cara, salarié chez Alstom et secrétaire général adjoint du SYMNES (syndicat CFDT de la métallurgie parisienne du Nord & Est de Seine), ne semble pas totalement dupe du procédé : « On peut mettre ce sujet sur la table, pour ensuite le retirer et faire passer le reste de la réforme, toujours aussi injuste. Au-delà de l’âge pivot, le projet globalement n’est pas encore satisfaisant. »

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Beaucoup savourent néanmoins l’alignement des planètes, comme le syndicaliste CFDT Jean-Yves Herment, infirmier à l’hôpital psychiatrique du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen, en Normandie. « Chez nous, ainsi qu’au niveau départemental en Seine-Maritime, cette réforme n’était pas acceptable. […]

Stéphane Destugues, secrétaire national de la fédération métallurgie CFDT, reconnaît toutefois « la difficulté » de se rendre, mardi, dans des cortèges aux côtés de syndicats réclamant le retrait de la réforme, alors que son syndicat milite de longue date pour la retraite par points. « Nos équipes croient en notre programme [la retraite par points – ndlr], mais ne font pas confiance au gouvernement pour l’appliquer, c’est là tout le problème. »

C’est que depuis des mois le sentiment de s’être fait « balader » par le pouvoir, sur la mise en place du CSE (comité social et économique), ou sur les négociations sur l’Unedic, a pris de l’ampleur : « Depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, on sent, sur le terrain, que les patrons se sentent tout permis. Tout cela, ça participe à la mobilisation qui sera forte, et sans forcer », avance Stéphane Destugues.

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Manifester le même jour que les autres, montrer son désaccord mais surtout ne pas être mis « dans le même sac » que les autres syndicats, explique Olivier Guivarch. […]

La place même du syndicat dans les cortèges est donc soumise à contorsions. À Paris, vraisemblablement, la CFDT défilera en queue de défilé, avec l’Unsa et la CFTC, après une “zone tampon” avec les grévistes de la première heure. […]

Localement, plusieurs syndicalistes n’ont pas ces pudeurs : « On se prend pas la tête, affirme Jean-Yves Herment depuis Rouen. On va faire un cortège hospitalier CFDT au départ du CHU mais ensuite, chacun mettra son ballon où il veut… »

[…]


Mathilde Goanec et Pauline Graulle. Médiapart. Source (extrait)


3 réflexions sur “Je ne serais jamais à leur place …

  1. jjbey 17/12/2019 / 20:55

    Le réformisme conduit inéluctablement à la collaboration de classe. Mais le capitalisme sait récompenser les dirigeants. Comment? La carrière de Chérèque, celle de Notat …………Si vous ne savez pas renseignez vous et je ne parle que des plus connus de cette organisation que j’ai du mal à qualifier de syndicale.

  2. Danielle ROLLAT 18/12/2019 / 00:21

    Cela a concerné tous les SG qui ont succédé à Eugène Descamps, l’ancien responsable de la CFTC, qui a cédé son poste à Edmond Maire, lors de la création de la CFDT.

  3. fanfan la rêveuse 18/12/2019 / 07:38

    La méthode Macron est en place, ne vous formaliser pas Michel. Ce matin sur France Inter, le nombre de manifestants était banalisé…Ils étaient moins que le 5/12 ! Cela me rappelle un autre mouvement, celui des gilets jaunes…

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