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La 5G est vraiment une rupture.

Une rupture mentale et technologique, après bien d’autres, mais celle-là, crois-moi, tu vas la sentir. Personne ne sera plus jamais à l’abri où que ce soit. Où que ce soit sur Terre, que tu sois un chien, une cétoine dorée, un Ginkgo biloba, un brin d’herbe ou un homme, tu recevras les radiofréquences de la 5G. A des niveaux compris entre des dizaines et des centaines de fois ce que tu prends dans les narines aujourd’hui.

Or des gens crient dans le vide sidéral depuis des années déjà. Au moment où je t’écris à toi, l’éternel sacrifié du si beau « progrès », un texte foudroyant, signé par des milliers de scientifiques, des milliers de citoyens, des centaines d’ONG de 204 pays au total, réclame «  l’arrêt du déploiement de la 5G sur Terre et dans l’espace »(1).

Dans les années 1980, le prodige commence avec la 2G (deuxième génération), commercialisée pour la première fois en 1991, une technologie qui transforme les « vieilles » communications téléphoniques en un cryptage numérique transporté par des ondes électromagnétiques. Rapidement, il va falloir installer des antennes partout, car tout le monde (pas moi) veut téléphoner de partout. Et bientôt envoyer des SMS, cette joie du coeur. Trafic possible de 9,05 kbit à la seconde. En 2001 déjà, il y a 35 millions d’abonnements pour mobiles, contre 34 millions pour les fixes, ces ringards.

La 3G ? Génial. Apparu en 2000, le système permet de voir enfin des vidéos sur l’écran, et la tronche de celui ou celle que vous appelez. 1,9 Mbit par seconde, soit 210 fois plus que la 2G. En France, des fréquences sont accordées pour la 4G en 2011, puis en 2015. Les gagnants, ces doux héros, sont Free (proprio de journaux), SFR (proprio de journaux), Bouygues (proprio de journaux télévisés) et Orange (installé dans le business télé). Le croiras-tu ? Plus tu as de journaux, plus tu as de fréquences et de relais.

Enfin arrive dans sa splendeur la 5G. Le gouvernement, peut-être un poil à la botte, est en train d’attribuer dans la discrétion des fréquences, de manière que les offres commerciales soient disponibles dès 2020. Compter plusieurs gigabits (certains disent 20) par seconde, soit plusieurs centaines de milliers de fois plus que cette pouilleuse 2G.

Qui pousse avec autant d’ardeur au crime ?

L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), qui affirme sans trop rire, apparemment, que la 5G est fantastique « parce qu’elle représente un enjeu majeur de compétitivité pour notre industrie, nos infrastructures et nos territoires ».

N’aurions-nous pas entendu ce cri du coeur un certain nombre de fois ? Voyons, réfléchissons. Les autoroutes, peut-être ? La bagnole ? L’élevage concentrationnaire ? Mais n’oublions surtout pas le nucléaire, et d’autant que le collège qui dirige l’Arcep, outre qu’il compte des obligés de politiciens comme Hollande ou Larcher, abrite un bon nombre d’ingénieurs des Mines. Et c’est à eux qu’on doit les grandioses naufrages d’Areva ou de Superphénix. Je n’ai pas le temps de rire à gorge déployée de gens comme Pierre Guillaumat (les «avions renifleurs ») ou André Giraud.

Que va-t-on faire de cette « merveille » de la 5G ? Oh, ben plein de choses. Lisez plutôt la propagande de la page Wikipédia, d’ordinaire mieux disposée à la vérité : «Avec ces débits potentiels, la 5G vise à répondre à la demande croissante de données avec l’essor des smartphones et objets communicants, connectés en réseau. Ce type de réseau devrait favoriser le cloud computing, l’intégration, l’inter-opérabilité d’objets communicants et de smartgrids et autres réseaux dits intelligents, dans un environnement domotisé, contribuant à l’essor du concept de « ville»

Ce qui achève de rassurer, c’est que l’Anses, agence publique de sécurité sanitaire (elle s’est vaillamment illustrée dans l’affaire des pesticides SDHI), a décidé de s’en occuper. Quand ? Fin 2020, quand le commerce et l’industrie auront triomphé.


Fabrice Nicolino. Charlie hebdo. 11/12/2019. (Extrait)


1. 5gspaceappeal.org/the-appeal (avec une version en français).