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Ce n’était donc que le début : entre le 17 octobre et le 12 novembre 2019, faute de places en réa, 7 bébés hospitalisés en Ile-de-France avaient déjà dû être transportés, toutes sirènes hurlantes, à Reims, Rouen, Amiens ou Orléans.

« Le Canard » (20/11) avait raconté l’histoire. Depuis, la folle noria des ambulances s’est amplifiée : à la date du 9 décembre, 15 autres nouveau-nés avaient subi un traitement de choc similaire, soit 22 bébés transbahutés en deux mois, contre un ou deux par an les années précédentes… Une prise de risque de malade pour ces nourrissons intubés !

Agnès Buzyn s’y entend pour soigner la crise.

En guise de réponse, elle a décidé de dépêcher… l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans les hostos parisiens. « Comme si le problème était local ! dénonce le Dr Laurent Dupic, réanimateur à Necker et membre du Collectif inter-hopitaux. La crise est nationale et la raison est connue : on ne peut plus prendre en charge les patients car on ne trouve plus d’infirmières. » A Marseille, le week-end dernier, un nourrisson a dû être transféré en réa à Montpellier…

Mortelles randonnées

A Necker, faute de personnel, 8 lits de réanimation pédiatrique ont fermé. « Pour éviter un mort, la direction nous a imposé d’en rouvrir trois, en nous envoyant des infirmières d’autres services qui ne sont pas formées et qui vont être payées de 300 à 650 euros par jour ! » explique Laurent Dupic.

De quoi achever d’écœurer les infirmières qui n’avaient pas encore fui. « Leurs collègues, ajoute-t-il, vont gagner en une nuit un tiers de leur salaire alors qu’elles sont moins compétentes. »

Le 2 décembre 2019, lors d’une réunion de crise sur le sujet, Agnès Buzyn a sonné les cloches des dirigeants de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris : « Comment n’avez-vous pas anticipé la pénurie de personnel ? » « Elle se défausse, estime un médecin présent ce jour-là. Tous les patrons d’hôpitaux ont froidement appliqué la consigne du ministère : il fallait serrer la vis budgétaire au lieu d’embaucher et de financer des mesures d’attractivité, comme des logements pour le personnel. Pourtant, on n’a pas arrêté de dire qu’on allait dans le mur. » Et en klaxonnant !


Isabelle Barré. Le Canard enchaîné. 11/12/2019