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A l’approche des municipales, l’eurodéputé Thierry Mariani, fièrement passé de LR au RN, s’agite pour promouvoir de chouettes listes droite-extrême droite partout en France. Mais, dans le Var, un édile ex-FN a poussé la performance plus loin encore : il a réalisé l’« union des droites »… jusqu’aux amis de la Macronie !

La farce se déroule dans la bourgade de Cogolin, où, dès le mois d’octobre, la députée LRM Sereine Mauborgne savoure son exploit de Marcheuse. Pour libérer la ville de son maire lepénisé, Marc-Etienne Lansade, elle a dégoté une candidate de droite (mais-pas-trop), Audrey Rondini-Gilli, jadis militante à l’UMP. Tout pour plaire : 32 piges, mariée, deux enfants, avocate, etc. Une tête de liste Macron-compatible qui donne rapidement des preuves de son engagement dans la presse locale (« Var-Matin », 25/10). « J’ai décidé de mener une liste de rassemblement contre l’équipe sortante, martèle la robe noire, prête à remiser au placard la chemise (noire aussi) de Lansade. Il a clairement échoué et se cache derrière un discours populiste (…). S’il fait douze ans à la mairie, qu’est-ce qu’il restera pour les Cogolinois ? Dans quel état sera l’image de la ville ? »

Service Kulture

La réponse, malheureusement, ne tarde pas. Deux mois et quelques discrets rendez-vous plus tard, Audrey Rondini-Gilli se voit promettre un poste de première adjointe par Lansade… qu’elle accepte ! Dans une lettre à Sereine Mauborgne, publiée également par « Var-Matin » (9/12), elle explique prosaïquement son retournement de veste de tailleur : « Nous n’avons pas un centime en caisse et nous n’avançons pas beaucoup. » Mais qu’arrive-t-il à la Macronie ? Si ses candidats se mettent à faire la manche à l’extrême droite…

D’autant qu’à Cogolin le maire est un gros malin. Encarté cinq ans au Front national, ce grand copain du maire RN de Fréjus, David Rachline, reste un disciple de Marion Maréchal. L’an dernier, Lansade avait imprudemment dévoilé sa brillante stratégie (« Le Canard », 21/3/18) : «Aux prochaines élections, je vais faire une liste divers-droite, avec tous les gens normaux et pas la liste de débiles que je me trimballe ! »

Depuis, il continue de trimballer des collaborateurs de haut vol. Il y a un mois, il a bombardé l’un de ses soutiens, Jean-Louis Macault, un ex-photographe plus réputé pour ses mots que pour ses photos, à la tête des services culture et animations-festivités de la mairie.

Sur sa page Facebook, Macault poste des messages contre les « communo-maçonniques » ou reprend à son compte des tracts gaullistes de 1943 illustrés d’une potence, assortis du slogan : « Où qu’ils soient, quoi qu’ils fassent, les traîtres seront châtiés. » Après l’attentat du Bataclan, il avait posté ce mot doux sibyllin : « Tuez-les tous, dieux (sic) reconnaîtra les siens ! »

Pour la culture et les festivités, ça promet !


Christophe Nobili. Le Canard enchaîné. 11/12/2019