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D’ici à fin 2020, l’Anses va retirer de la vente plus de la moitié des produits contenant cette molécule controversée.

La France parviendra-t-elle à sortir un jour du glyphosate ?

En dépit des annonces du gouvernement qui reste flou quant aux délais – il est tantôt question de 2021, tantôt de 2023 –, et surtout des millions d’euros mis sur la table depuis une décennie, l’agriculture française est toujours aussi accro à ce pesticide. Mais, alors qu’un rapport parlementaire, rendu public il y a un mois, prédisait une issue compliquée à l’abandon de cette molécule controversée – à charge, il estime que la sortie du glyphosate est impossible pour tous les usages –, l’Anses vient bousculer le débat. Hier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire a annoncé le retrait de 36 des 69 pesticides à base de glyphosate actuellement sur le marché français. « Ce qui représente près des trois quarts des tonnages de produits utilisés en 2018 », selon l’agence.

« Trente-six de ces produits vont être retirés du marché et ne pourront plus être utilisés à compter de fin 2020, en raison de l’insuffisance ou de l’absence de données scientifiques permettant d’écarter tout risque génotoxique (susceptible d’endommager l’ADN et de provoquer des mutations génétiques – NDLR) », indique encore l’agence dans un communiqué. C’est à la suite de la réapprobation pour cinq ans de la substance herbicide par l’Union européenne, en 2017, que l’Anses a engagé un réexamen de la totalité des autorisations de mise sur le marché des produits à base de glyphosate commercialisés en France et lancé « une évaluation comparative avec les alternatives disponibles ».

Quatre nouveaux produits également refusés

Cependant, elle a pris cette décision sans attendre la fin du processus en cours. Et, pour des raisons identiques, quatre des onze nouvelles demandes d’autorisation déposées depuis janvier 2018 viennent également d’être refusées. Argument avancé : « Les données fournies par les industriels ne permettent pas de statuer sur leur éventuelle génotoxicité. » « Seuls les produits à base de glyphosate répondant aux critères d’efficacité et de sécurité définis au niveau européen pour les usages revendiqués, et ne pouvant pas être substitués de façon satisfaisante, bénéficieront in fine de l’accès au marché français », précise l’Anses, qui finalisera l’ensemble du processus d’évaluation « d’ici le 31 décembre 2020 ».

Cette décision de retraits d’autorisations de mises sur le marché (AMM) « confirme que l’innocuité des herbicides à base de glyphosate est un mythe », a aussitôt réagi François Veillerette, directeur de Générations futures, ONG qui milite pour l’interdiction des pesticides. Et de rappeler que « 70 % des études universitaires (indépendantes de l’industrie) prises en compte par l’expertise du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) mettent en évidence cette génotoxicité » ! « Nous espérons maintenant, insiste-t-il, que l’Anses prenne en compte l’ensemble de cette littérature scientifique disponible pour refuser les autres demandes de mise sur le marché d’herbicides à base de glyphosate qu’elle doit encore examiner. »

Sachant que le cas du glyphosate n’est pas le seul problème. C’est, en matière de pesticides, l’arbre qui cache la forêt ! Raison de plus, estiment de plus en plus d’acteurs, et notamment la Confédération paysanne, pour changer de modèle agricole. « L’interdiction de cette substance et d’autres à venir appelle à une transformation économique et politique du modèle agricole. Ces interdictions doivent s’inscrire dans un projet global de sortie des pesticides », martèle le syndicat. À bon entendeur…


Alexandra Chaignon. Titre original : « Pesticides. 36 herbicides au glyphosate interdits ». Source