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Voilà qui ne va pas conforter la place du roitelet français, face à ses amis-ennemis de l’OTAN.

La merveille technologique Française qui fait ricaner l’Otan

A la suite des déclarations catastrophistes de Macron, la France n’est pas accueillie en vedette au sommet de l’Otan, ouvert le 3 décembre près de Londres. Et son dernier exploit industriel ne va pas redorer sa Cote. Le dispositif géant Air Command and Control System (ACCS, ou système de commandement et de contrôle aérien), confié au groupe Thales, cumule les retards, et son colossal budget d’origine (1,7 milliard) a presque doublé en quatre ans ! Un triomphe qui rejaillit sur l’État lui-même : à l’instar du groupe Dassault, il possède un quart du capital de Thales…

Ce système révolutionnaire de défense (et donc d’attaque aérienne) consiste à étendre aux 29 pays de l’Otan un réseau de communications numériques mis en place en France depuis 1999.

En gros, et grâce à un incroyable entrelacs d’interconnexions, le centre de commandement basé à Mons, en Belgique, peut recevoir en temps réel des informations provenant de plusieurs milliers de sources du monde entier (radars, reconnaissance photographique, etc.) et dispatcher simultanément des ordres à l’ensemble des militaires de l’Alliance atlantique. La guerre aérienne ressemble plus que jamais à un gigantesque jeu vidéo.

Thales… à désirer

Avec l’écriture de 14 millions de lignes de code informatiques, l’ACCS se révèle, selon Thales, le « projet le plus complexe jamais imaginé ». Et concrètement ? En 2018, l’Otan fait ses comptes : son coût a déjà atteint 3 milliards. Et la douloureuse devrait grimper encore. Plus gênant, nul ne sait quand il sera opérationnel, l’état-major français allant jusqu’à envisager dix ans de retard. Poutine est prié de patienter avant d’envahir l’Ukraine.

Un échéancier est imposé à Thales : tous les six mois, la société devra atteindre un «point de visibilité » (une sorte d’étape intermédiaire avant la réussite finale). A ce jour, aucun des trois jalons imposés par l’Alliance atlantique n’a été atteint. En revanche, Thales réclame sans cesse davantage d’argent. Pour avancer encore plus lentement ?

L’Otan tonne et, début septembre, met alors en demeure le groupe de redresser la barre. Trois semaines plus tard, Patrice Caine, le directeur général, essuie un véritable ouragan au ministère de la Défense. Il y rencontre plusieurs chefs d’état-major, dont Philippe Lavigne, celui de l’armée de l’air. « Toutes les marges calendaires ont été consommées. Un retard supplémentaire du programme ACCS conduirait à de nouvelles opérations urgentes dont les surcoûts imposeraient des choix dès 2020 », menace une note interne rédigée, à la suite de ce grand déballage, par un patron de l’armée de l’air. Et la sentence tombe : « Il faut que Thales nous donne des raisons d’espérer sortir par le haut à l’été 2020. »

En octobre, Joël Barre, le directeur général de l’armement au ministère de la Défense, cajole à son tour le groupe d’électronique devant la commission de la Défense à l’Assemblée : « Il faut que l’industriel prenne conscience de la situation et mette en place un vrai plan de redressement. » Caine répond en proposant un « plan de confiance » avec le gouvernement. Touchant…

Ennuis en escadrille

Les militaires, cependant, restent sur leurs gardes. En attendant que Thales ait résolu ses problèmes, ils font marcher les vieux rossignols. Ainsi, l’antique système français de couverture radars Strida, remplacé par la version tricolore de l’ACCS, reprend du service.

De même, la vénérable base radar de Drachenbronn, installée en 1957 dans les fortifications de la ligne Maginot et fermée en 2015, est désormais promise à une nouvelle jeunesse (en partie grâce aux fonds destinés à financer l’ACCS).

Mais l’Otan piaffe. Donald Trump a réussi à convaincre une dizaine de pays (parmi lesquels la Grande-Bretagne, le Danemark ou encore la Belgique) de faire pression sur l’Otan pour changer de fournisseur. Ça tombe bien ! Plusieurs groupes industriels (notamment le géant américain Lockheed Martin) sont déjà prêts à se sacrifier pour remplacer Thales.

Interrogée par « Le Canard », la direction de Thales plaide la complexité exceptionnelle du projet. « Ces ennuis sont datés. Maintenant tout est réglé », confie le communicant extérieur de la société.

C’est bien ce qu’a compris le haut commandement de l’Otan !


Passez l’aspirateur, SVP !

Après le fromage de l’ACCS, Thales s’était préparé un dessert bien crémeux à base d’outils destinés à alimenter le système : grandes oreilles, photos aériennes, etc.

C’est le cas du pog FR3, une énorme caméra fixée sur le ventre d’un avion Rafale, capable de filmer de jour comme de nuit et de transmettre ses prises de vue en temps réel à une station terrestre (celle-ci peut immédiatement les transférer au haut commandement).

Un FR3 cependant pas tout à fait au point. Lors de la première visite des galonnés de l’état-major, des suintements de liquide s’en sont échappés, et des poussières se sont invitées à l’intérieur : les techniciens avaient oublié de passer l’aspirateur avant de fixer le capot !

Très professionnel.


Alain Guédé. Le Canard enchaîné. 04/12/2019