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Z’êtes bien accroché à la rambarde … Dire que plein de gens accepteraient volontiers que tous les services publics de soins et les hôpitaux, soient privatisés…

Imaginez un billet de TGV Paris-Valence à 500 euros, et vous aurez une bonne idée du système de santé américain.

Si le TGV vous paraît cher, c’est que vous ne connaissez pas – encore – l’hôpital américain. Ça n’est pas moi qui le dis, mais la bible du libéralisme anglo-saxon, The Economist. Même Donald Trump commence à dire que ce secteur, aux USA, marche sur la tête.

Un exemple : chez nous, un accouchement est facturé aux environs de 2.000 euros. Mais en réalité, il ne vous coûtera rien ou presque. Aux États-Unis, donner naissance coûte aux environs de 10.000 dollars, et le reste à charge (quelle que soit votre couverture médicale) est important.

Une césarienne à San Francisco?

Comptez 20.000 dollars. Des prix délirants, mais aussi complètement aléatoires. Une radio du dos peut être facturée de 150 dollars en Louisiane à 7.500 dollars en Californie. À ce prix-là, le tourisme médical devient vite rentable…

En France, la santé coûte 12 % du PIB. Autrement dit, 12 % des revenus de la nation vont à ce secteur, principalement via un système re-distributif, la Sécurité sociale.

Aux États-Unis, ce chiffre s’élève pratiquement à 18 % – et là-bas, chacun paye pour sa petite santé.

En conséquence de quoi, les uns ont une santé de luxe, et les autres une santé de base, grâce à l’ Obamacare. Mais que vous soyez riche ou pauvre, le système de soins vous vole. C’est cela, la spécificité de l’hôpital américain : il est opaque et hors de prix.

Une mammographie à Philadelphie vous coûtera entre 150 et 550 dollars, mais la somme exacte, vous risquez de l’apprendre au moment de payer, car les cliniques, à la différence des coiffeurs, n’affichent pas leurs tarifs en vitrine.

Évidemment, les hôpitaux américains devraient afficher leurs tarifs. Mais ils n’ont aucun intérêt à le faire. Car le secteur a organisé, avec les assurances privées, un système de prédation qui s’engraisse formidablement sur le dos des malades.

Si c’est vous qui réglez la facture hospitalière, attendez-vous à un coup de massue. En revanche, si c’est votre assurance qui paye, elle négociera en coulisse une diminution sensible de la facture, et vous n’en saurez rien.

Ce n’est plus un système de santé, c’est un système mafieux. Même les libéraux s’en émeuvent, car un bon salarié est un salarié en bonne santé. Pourtant, cette tragédie était prévisible.

En France, où tout ne va pas au mieux, rares sont ceux qui se sucrent pour vous soigner. Et c’est ainsi que l’inefficience du service public nous coûte infiniment moins cher que l’ultra-compétitivité du secteur privé…

À méditer, à l’heure où le rêve macronien est de tout privatiser, santé en tête.


Pour Guillaume Erner – Charlie hebdo. 04/12/2019