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Croquignolette histoire en sept actes, avec fin à suspense.

Acte 1. Le propriétaire de la montagne de Miélandre (Drôme) la met en vente : 275 ha de nature sauvage pour 800.000 euros. Aucun acheteur pendant trois ans. Même pas la commune de Vesc (285 habitants – la montagne est sur son territoire).

Acte 2. Tombant sur l’annonce, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) projette d’en faire une réserve. Toute activité humaine (chasse, agriculture, construction) y serait interdite, randonnées exceptées. Le compromis de vente est signé le 28 décembre 2018.

Acte 3. La Safer, organisme d’État qui a priorité lorsqu’il estime que des terres sont menacées dans leur vocation agricole, se réveille brusquement.

Le 21 mars, sur son conseil, les élus du coin bloquent le projet. Les affreux écolos de l’As-pas vont « mettre Miélandre sous cloche » ! Chasser les bergers ! Et les chasseurs ! Et faire venir des loups !

Histoire de calmer le jeu, les écolos décident d’exclure de leur achat les 28 ha de pâturage à moutons situés au sommet de la montagne.

Acte 4. Allant à la rencontre des élus, les écolos les rassurent : pastoralisme et randonnée seront préservés. « Et nous leur avons répété, dit Madline Rubin, directrice de l’Aspas, que le domaine vital d’une meute de loups [était] au minimum de 15.000 ha ! » Retournés, les élus (région, département, élus locaux, y compris le maire de Vesc) signent un document approuvant la réserve de vie sauvage.

Acte 5. Catastrophe ! Fin août, pour raisons personnelles, le généreux adhérent de l’Aspas qui lui avançait la somme demandée se retire du projet. L’association décide alors de lancer un appel aux donateurs (comme elle vient de le faire avec succès pour une réserve dans le Vercors à 2 millions d’euros).

Acte 6. Re-coup de théâtre : s’agitant en coulisse, la Safer (qui réunit élus territoriaux et agriculteurs, sous le contrôle de l’Etat) signe une promesse de vente avec le propriétaire. Décidément, les amis du ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, grand vizir local, ne supportent pas que des écolos puissent leur soustraire un bout de terrain… Mais à qui la Safer va-t-elle revendre ce site (en empochant 9 % de la vente au passage) ?

Comme par hasard, le 12 novembre, la commune de Vesc se porte candidate.

Acte 7. L’Aspas en fait donc autant. Ce vendredi 6 décembre, la Safer, qui a décidé que ce domaine serait une réserve naturelle quasi identique au projet de l’As-pas (à la seule différence qu’on pourra y couper du bois et y chasser dans vingt ans) devra choisir entre les amis des animaux sauvages et la petite commune désargentée, qui devra réu­nir 800.000 euros d’argent public et s’endetter pour payer sa part, 20 % du total.

Morale de l’histoire : d’un côté, Macron promet à grand tapage que faune et flore seront protégés sur 30 % du territoire ; de l’autre, dès que des écolos cherchent à en protéger 0,0004 %, c’est panique à bord…


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 04/12/2019