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Vous connaissez le proverbe : « faites ce que je vous dis, pas ce que je fais »

L’accès des femmes aux cimes de la haute fonction publique? Il est « en marche », mais il traîne les pieds.

Tel est le constat d’une note confidentielle adressée le 26 novembre par le secrétariat général du gouvernement (SGG) (rattaché au Premier ministre) aux secrétaires généraux et patrons des ressources humaines de tous les ministères.

Dans ce document, que « Le Canard » a pu consulter, le SGG s’alarme de ce que « le taux de primo-nominations ministérielles [de femmes] en 2019 sur les emplois à la décision du gouvernement et les emplois de direction » au 31 octobre ne dépasse pas 32 % – un niveau « très en deçà du taux cible fixé par la loi depuis 2017 ».

Traduction de ce sabir techno : l’Etat ne met aucun zèle à appliquer la loi Sauvadet, qui impose un taux minimal de 40 % de femmes parmi les « primo-nommés » aux principaux postes à responsabilités dans l’administration : ambassadeur, directeur d’administration centrale, recteur, directeur général, etc.

De mâle en pis

Au 31 décembre, tout ministère qui n’aura pas atteint le pourcentage légal au cours de l’armée devra s’acquitter d’une amende de 90.000 euros par « femme manquante ». Or, sur les 247 primo-nominations à ces postes de « premiers de cordée » depuis le 1er janvier 2019, seulement 79 femmes (moins d’un tiers) ont été choisies !

Si les choses en restaient là d’ici à la Saint-Sylvestre, l’ensemble des ministères écoperait donc d’une amende de… 1.710.000 euros, car 19 femmes manqueraient à l’appel.

Bonnet d’âne du gouvernement ?

Avec seulement 24 % de primo-nominations féminines (huit recrutées sur 33 postes) au ministère de l’Intérieur depuis le ler janvier, Casta devra passer à la caisse s’il n’appuie pas fissa sur la pédale d’accélérateur. Et tant pis pour la limitation à 80 km/h…

Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, s’est également surpassé : à la fin d’octobre, sur 63 postes stratégiques ouverts, seulement 17 ont été attribués, à des femmes (27 %). Si rien ne changeait, le Quai d’Orsay devrait s’acquitter d’une amende de 738.000 euros, contre 450.000 euros en 2017. Cela n’a pas empêché le ministre de cosigner, lors de la dernière Journée des droits des femmes, une tribune avec Marlène Schiappa rappelant que « la France est, depuis un an, à l’initiative d’une dynamique nouvelle : une véritable diplomatie féministe » (« Libération », 8/3). Le Drian le prouve !

Les ministères des Armées, de la Culture et de l’Economie rejoignent la bande des cancres : 29 % de primo-nominations féminines au 31 octobre. Avec 50 %, seul le ministère de l’Agriculture sauve l’honneur, suivi de la Justice (44 %) et de la Transition écologique et solidaire (42 %). Ce n’est pas un peu trop ?

Tout, cependant, n’est pas joué. « On met les femmes à l’écart tout au long de l’année, résume un haut fonctionnaire Et puis, à l’approche des fêtes, on essaie de se rattraper pour éviter de payer une trop grosse amende. »

Malheur à toutes celles qui vont louper les promotions de Noël !


Clara Bamberger. Le Canard enchaîné. 04/12/2019