Nous sommes l’Etat …

Pour Riss directeur de Charlie Hebdo pas d’hésitation « L’ÉTAT, C’EST VRAIMENT MOI » : sous titre l‘ État appartient au peuple d’abord.

À quoi sert l’État?

Si l’on en croit les rapports, les journaux, les commentateurs, l’État n’arrive plus à faire fonctionner correctement les hôpitaux, à assurer un système de retraite efficace, à protéger les citoyens de l’insécurité et à transmettre le savoir aux enfants à l’école.

Nationalisé en 1945 pour avoir collaboré avec tes Allemands, Renault fut privatisé en 1996, parce que, nous avait-on expliqué à l’époque que la mission de l’État n’était pas de fabriquer des bagnoles. Raisonnement pas totalement absurde, car on ne voyait pas très bien en quoi la construction de voitures relevait du service public.

[…] … depuis, la logique de privatisation n’a cessé de s’emballer, et aujourd’hui on nous fait comprendre que le rôle de l’État est non seulement de ne plus construire des bagnoles, mais aussi de ne plus soigner, de ne plus garantir une retraite juste et une instruction sérieuse pour tous.

Désormais, c’est à [ce serait à] nous de constituer notre épargne retraite privée, c’est à [ce serait à] nous de nous soigner grâce à l’automédication, c’est à [ce serait à] nous de nous déplacer par nos propres moyens avec des TER en moins, c’est à [ce serait à] nous d’accompagner nos enfants pendant les sorties scolaires. […]

Après avoir privatisé les voitures, puis les autoroutes, la Française des jeux et des pans entiers de services publics, l’État privatise l’existence même des citoyens.

La déliquescence de l’État n’est pas une fatalité. Elle a été conceptualisée et programmée par des penseurs qui veulent imposer à la collectivité de se démerder toute seule pour résoudre ses problèmes. Une sorte d’autogestion imposée à tous : débrouillez-vous pour autogérer votre retraite ou pour autogérer votre santé avec des mutuelles privées qui vous matraquent de leurs publicités à la tété, dans les journaux et sur le Net.

La décentralisation initiée par la gauche au début des années 1980, qui devait donner plus d’autonomie aux Régions et retirer des prérogatives à l’État centralisateur tout-puissant, s’est peu à peu transformée en une sorte de vide-greniers où l’État met sur le trottoir en les vendant aux plus offrants toutes ses prérogatives.

  • Les cliniques privées sont de plus en plus nombreuses,
  • les médecins quittent le public pour le privé,
  • le chemin de fer va être ouvert à la concurrence,
  • l’Éducation nationale sera peut-être un jour confiée à Google,
  • la police déléguée à Facebook
  • le ministère de l’Écologie cédé à Tesla.

Il ne restera peut-être à l’État que le ministère des Anciens Combattants, qu’il concédera probablement un jour à Microsoft, et le ministère de la Culture, qui sera à son tour sous-traité par Amazon.

Les responsables politiques à la tête de l’État semblent réfléchir davantage aux moyens de le démonter plutôt que de le renforcer.

Même si l’État a souvent commis de grosses conneries, il n’en reste pas moins la seule structure dont l’unique raison d’être est l’intérêt général.

La soi-disant « réforme » des retraites, des hôpitaux et des services publics n’est en réalité qu’une vaste opération de transfert des services publics vers le privé. Les entreprises privées sauront transformer en espèces sonnantes et trébuchantes tous les services publics, qui jusqu’alors étaient accessibles à tous, sans passer par le critère discriminant de l’argent.

Car c’est la seule chose que ces boîtes privées savent faire : transformer en fric tout ce qu’elles touchent.

Votre existence, de votre naissance à votre retraite, peut encore leur rapporter du fric. Votre corps, vos tripes et votre vie leur appartiennent déjà.


Riss. Charlie hebdo. 4/12/2019.


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Est-ce un extraordinaire étalage de pessimisme que ce pamphlet bien dans l’esprit d’un Charlie hebdo.

Sauf que voilà, nous pouvons afficher un optimisme autre que de circonstance car différentes occasions vont nous être données par des élections à venir, il va nous être possible de bousculer sérieusement cet état nous enfermant dans une morosité.

Une fois absolument qu’entree dans notre mémoire, ce qui a été édicté, (lois, décrets) peuvent tout aussi bien être réécrits, révisés … par exemple par une assemblée constituante portant d’autres valeurs républicaines que le libéralisme, sans pour autant que la France soit mise, à l’index des nations.

Oui, il ne tient qu’à chacun de nous d’évaluer la force des urnes adoubant un programme garantissant l’équité, l’égalité de valeur sociale et sociétale même si ça doit déranger bien des nantis.

Il n’y a aucune raison pour que 1% de la population mondiale, domine 99%. Ce non-sens doit être dénoncé avec vigueur. MC


6 réflexions sur “Nous sommes l’Etat …

  1. fanfan la rêveuse 05/12/2019 / 07:51

    Bonjour Michel,
    Le modèle américain se met en place, pourtant nous constatons clairement qu’il n’est pas du tout positif. Un grand nombre de personnes aux USA ne peuvent plus se faire soigner, plus payer les études des enfants, perdent leurs maisons et tout en travaillant dorment dans leurs voitures…

    Est-ce vraiment cela que nous voulons ?

    • Libres jugements 05/12/2019 / 16:22

      Bonjour Françoise,
      Oui c’est vrai que nous voyons arriver le « modèle américain » celui qui fait fantasmer bon nombre de personnes au nom de la réussite expresse de personnes affirmant être sans aucun bagage et trouver l’eldorado dans l’un de ces états où tout est permis « en apparence », surtout si vous êtes blancs, imberbe etc. sauf que la réalité n’est pas du tout le même sur le terrain et sur ce point on est prié de ne pas se fier au qu’en-dira-t-on ni à certains films ou téléfilms cachant la misère dans le coloration technicolor.

      Vous souhaitant une très bonne soirée
      Amicalement
      Michel

  2. tatchou92 05/12/2019 / 09:33

    Merci Michel,
    je partage l’avis de l’Ami RISS (que je lis toutes les semaines) avec plaisir et nostalgie en pensant aux absents dont la plume nous manque.
    J’ai sous les yeux son dernier ouvrage « une minute quarante neuf secondes » (Ed Actes Sud, Charlie Hebdo, les Echappés) ..

  3. Pat 05/12/2019 / 12:04

    Public ou Privé… l’article pose bien le débat mais je voudrais rappeler que le collectivisme n’a pas non plus fait ses preuves et qu’il ne faut pas avoir la mémoire courte.

    • Libres jugements 05/12/2019 / 16:16

      Bonjour et merci Pat pour ce commentaire.

      Il ne me semble pas que ce soit d’aujourd’hui que tu lises mes observations sur les articles postés, aussi m’accorderas-tu crédit de ne jamais avoir souhaité une société collectiviste à la manière, soviétique, cubaine, chinoise, etc.
      Il me semble que je n’ai jamais caché être contre une révolution amenant une dictature quelconque fusse-t-elle de gauche comme de droite, l’une comme l’autre enfermant dans des carcans dont on ne sait jamais l’issue véritable.
      Ce que sous-entend Riss dans son texte n’est ni plus ni moins que la population française a une force et qu’elle doit le faire valoir dans les urnes pour obtenir une société plus égalitaire, équitable en droit et en devoir pour chacun.
      Bien évidemment ce n’est qu’un avis tout à fait personnel.

      En toute cordialité
      Michel

  4. jjbey 05/12/2019 / 19:18

    Choisir entre la jungle et le zoo, comme le chantait notre ami Ferrat.
    Est-ce vraiment un horizon acceptable? Une société où l’humain d’abord serait la ligne de conduite, démocratique, dirigée par un peuple instruit pour lui permettre de gouverner avec des structures ne permettant plus les magouilles politiciennes, voilà mon rêve.

    Utopiste?
    Oui, mais qui aurait pensé que les citoyens voteraient quand nous étions au moyen âge ?

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