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Le macronisme ne comprend pas les conflits …

… ou plutôt ne le veut-il pas, (certains disent qu’il ne peut pas comprendre, c’est faire injure à l’homme qui est tout, sauf un imbécile) alors qu’il a été « placé » à la tête du pays pour intensifier un libéralisme économique seyant aux investisseurs, libéralisme particulièrement dévastateur en matière sociale et sociétale. MC


Le face-à-face [voulu et annoncé « déjà » en prévision des élections présidentielles de 2022, en grand renfort par la com’ élyséenne et les médias à sa solde – MC] entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui signifie[rait] l’appauvrissement du débat politique, est loin de pouvoir exprimer ou résoudre le malaise démocratique, qui naît non pas de la convergence mais de la diversité des attentes sociales.

Plusieurs sondages récents réalisés à l’automne (sondage Elabe pour BFM-TV du 29 octobre, sondage IFOP pour du 3 novembre), analysant les intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, nous dévoilent un paysage politique figé [quels sont les valeurs de ces sondages à la veille du 5 décembre 2019 ?, Toujours facile de sortir les sondages qui intéressent l’argumentation. MC]. […]  … quels qu’ils soient (les sondages émettent plusieurs hypothèses), ne suscitent aucun renouveau. [Affirmation qui ne vaut qu’à la date de son émission et d’engage que l’auteur de l’article, qu’en sera-t-il dans plusieurs mois, après municipales, départementales régionales avant les présidentielles ? MC]

Ces sondages nous apprennent également que 80 % des personnes interrogées pensent que l’action d’Emmanuel Macron n’a pas permis d’améliorer leur situation personnelle. Il est vrai que deux années de macronisme ont débouché non seulement sur la multiplication des conflits, mais aussi sur leur radicalisation.

[…]

Tout semble indiquer que la réalité du terrain ne parvient plus à prendre forme politique, alors que des conflits fondamentaux (soit philosophiques, sur le sens de la laïcité, soit sociopolitiques, sur les fonctions de l’Etat et la place des services publics, soit économiques, sur la compatibilité du capitalisme et de l’écologie) de sont renvoyés à la société civile an de libérer le gouvernement de choix difficiles.

Celui-ci est tenté d’user et d’abuser d’une communication du « en même temps » qui ne résout évidemment rien et ne protège pas l’Etat, qui semble incompétent même dans sa dimension régalienne, […]

C’est ici que s’exprime le social-libéralisme du macronisme, libéralisme économique et sociétal, association qui n’attire en fait qu’une minorité d’électeurs diplômés et cadres du secteur privé ou membre des professions libérales, laissant les trois quarts des électeurs sur le côté de la vie politique.

Le macronisme attend leur conversion à sa logique profonde, qui est celle du consensus pragmatique. L’ennui, c’est que ce même macronisme a systématiquement affaibli tous les intermédiaires et les institutions qui permettaient de contrôler ces conflits : une centralisation financière, qui transforme bon nombre d’élus locaux en simples agents de l’Etat, dépourvus de moyens ; une fragmentation de la négociation sociale, qui ruine le peu de crédit que pouvaient encore avoir les syndicats ; une privatisation annoncée de nombre de services publics, à travers la loi de transformation de la fonction publique du 6 août, qui va permettre de détacher d’office les anciens agents publics vers les opérateurs privés, qui pourront prendre la relève des administrations.

 On pourrait ajouter le fait d’avoir puisé dans la société civile des députés LRM novices sans attaches territoriales et sans connaissance réelle de la vie politique, qui passent, aux yeux de nombreux électeurs, pour des inutiles, comme en témoignent les interventions lors du grand débat national, dont les conclusions ont été glissées sous le tapis.

Mais la question ne se résume pas à la faiblesse des corps intermédiaires, […] on ne peut cacher le fait que le macronisme ne comprend pas le[s] conflit[s], car il ne comprend pas le tragique de la vie dans ce qu’il a de plus brutal et de plus commun dans la rue, au travail, à l’hôpital, dans les maisons de retraite, dans les communes rurales.

Partant du principe que tout se négocie et qu’il suffit aux hommes de bonne volonté de se réunir pour mettre en œuvre des objectifs partagés, […] le macronisme reste prisonnier de l’appréhension économiste et managériale du monde. La société, comme une entreprise privée, aurait des buts simples et communs, le vivre-ensemble ne serait qu’une question de gestion, d’écoute et de mise en œuvre, il n’y aurait qu’un bénéfice diffus à se partager, quitte à sacrifier quelques perdants.

[…]


Luc Rouban est directeur de recherche au CNRS, Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Le Monde. Titre original : « Luc Rouban Le macronisme ne comprend pas le conflit ». Source (extrait)