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En France, il y a 16 millions de retraités. …

En moyenne, Odile touche 1.000 euros par mois. Et Gabriel, 1.700 euros. Vous voyez l’énormité de la chose : les retraites représentent, de très loin, la première dépense sociale de France. Car il n’y a pas 16 millions de personnes en arrêt maladie ou invalides ni 16 millions de chômeurs, surtout pas indemnisés.

Précision importante : les retraites – mis à part celles des fonctionnaires – ne coûtent rien à l’État, puisque c’est la Sécu qui les gère. Et la Sécu, c’est qui? C’est nous.

C’est notre argent, pris sur notre feuille de salaire, qui est versé, immédiatement, sur le compte d’Odile et de Gaby.

Ce système est le plus simple et Le plus efficace au monde.

Il ne nécessite que des ordis et quelques employés à la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) pour le gérer.

Il fait rêver des milliards de gens dans le monde, qui ne peuvent pas croire que nous disposions d’un truc aussi génial.

Mais au lieu de donner une partie de mon salaire à Odile et à Gabriel, je pourrais la filer à Camille, trader à la BNP ou chez Axa.

Camille achèterait des actions et des obligations. Il pousserait des entreprises à licencier pour qu’elles me crachent du dividende. Camille se planterait huit fois sur dix, mais il n’oublierait jamais de se payer, lui, avec mon argent.

Le jour de mes 72 ans, Camille me rendrait mon argent, augmenté du pèze qu’il aurait gagné avec à la Bourse. Ou diminué, parce que, la veille, il y aurait eu un krach à Wall Street.

Aujourd’hui, La Poste et toutes les banques prétendument « solidaires » ou « mutualistes » nous proposent des « produits d’épargne retraite ».

Ces produits sont inefficaces, inégalitaires et dangereux. Mais les assureurs et les banquiers s’en foutent : le jour du krach, c’est l’État qui versera (à leur place) les pensions des retraités-spéculateurs ruinés. Et comme l’État, depuis le rapport Rocard, nous fait paniquer, à tort, sur l’effondrement à venir de notre système de retraite, il y a la queue aux guichets pour se faire tondre. Car saviez-vous qu’il n’y a aucun problème pour financer nos retraites?


(Voir « Réforme des retraites : le déficit? Quel déficit? » Et « Réforme des retraites : la solution, c’est l’emploi ! » Sur charliehebdo.fr.)


Jacques Littauer. Charlie hebdo. 4/12/2019