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Un si gentil « papa »…

Damien a écrit à ses enfants une jolie lettre, depuis sa cellule, où il purge 4 ans, dont 3 ferme, pour avoir, devant eux, cogné la tête de leur mère à coups de pierre.

Sauvage au point de lui infliger trois mois d’arrêt de travail, début juin 2018. Avant de saisir la pierre cachée dans son blouson, il avait dit à sa femme, qu’il frappait depuis des années : « C’est vraiment fini ? C’est fini pour tout le monde ! » et « Si tu me quittes, je te découpe en rondelles ! » Et aussi évoqué l’affaire Dupont de Ligonnès, « qui a réuni toute sa famille dans le jardin ».

Sa jolie lettre a fait frémir son ex-épouse.

Il y parle à la troisième personne. « Papa est le plus fort », « papa maîtrise les bons coups » aux échecs, « papa est très fort stratégiquement et il le démontrera avec cette coupe » (un tournoi d’échecs en prison). Et, surtout, « quand il sortira, papa vous emmènera au restaurant La Boucherie (…). Peut-être, comme disent les jeunes, que ce sera une tuerie ». Et, plus loin : «Papa est plus qu’optimiste. Papa atteindra ses objectifs pour vous, mes enfants. »

 Que des phrases à double sens, selon celui que l’on veut bien lui donner ou comprendre. Le courrier est agrémenté d’une couronne dessinée où les quatre enfants et «papa » figurent, entourés de fleurs et de soleils joyeux. Seul un triangle ne porteaucun nom. Griffonné en marron, lugubre, barré d’une sorte de croix faite de papier collant.

Avocate de l’épouse, terrorisée, Anne Bouillon a déposé une plainte. « Papa » a été interrogé par les gendarmes et a nié farouchement toute signification louche de ses écrits.

 N’empêche, poursuivi pour menaces de mort, il a comparu le 6 novembre à Rennes. Et, surprise, le procureur a demandé sa relaxe au motif que les menaces n’étaient pas « suffisamment explicites ». « La Boucherie » n’est qu’une simple chaîne de restaurants, il y en a même un près de chez le magistrat. Et, après avoir cherché sur Internet, ce procureur a dit avoir découvert que « tuerie » avait un sens positif, citant à l’appui cette phrase : « Paulette, ta tête de veau est une tuerie. »

En attendant le délibéré, qui sera rendu le 11 décembre, l’avocate, furieuse, a écrit au procureur général, disant sa cliente « consternée » par cet « abandon » de l’institution judiciaire.

Ce procureur n’a apparemment pas entendu parler d’un Grenelle des violences faites aux femmes ni d’immenses manifs ? Ni que la magistrature et toute la société étaient censées être mobilisées…

Il devait certainement être en train de déjeuner au restaurant en bas de chez lui.


Article signé des initiales D. S. – Le Canard enchaîné. 30/11/2019