Étiquettes

, , ,

L’armada de gardes du corps du laboratoire Servier est un modèle du genre… mais dans quel but ?

S’assurer contre les fuites.

Jeudi 21 Novembre, septième semaine du procès du Médiator. « La séance est suspendue, elle reprendra dans vingt minutes », annonce la présidente.

Une brune bondissante surgit du fond de la salle et fonce vers Jean-Philippe Seta, l’ancien numéro deux du groupe Servier, poursuivi pour escroquerie, qui passe les six mois du procès sur le banc des prévenus. « Y a une caméra à droite, on va tourner à gauche rapidement », souffle la brune élastique, talonnée par une armoire à glace et un grand type à capuche. Servier, qui faisait espionner ses salariés par des détectives privés, n’a rien perdu de ses méthodes de barbouze : pour le procès, le labo a embauché toute une équipe de gardes du corps qui ne quittent pas ses cadres d’une semelle…

« A gauche, là, on y va », poursuit la brune.

Encadré par ses sbires, Jean-Philippe Seta grimpe quatre à quatre des volées d’escaliers, puis se dirige vers les toilettes. Il y a bien des WC beaucoup plus proches, à 5 mètres de la salle d’audience, mais pas question, pour notre prévenu, d’y croiser des victimes ou des journalistes…

A chaque pause pipi, ses gardes du corps l’exfiltrent à toute allure et l’attendent devant les toilettes, avant de le ramener au pas de charge dans la salle.

Pendant ce temps, un autre trio se charge d’exfiltrer Emmanuel Canet, le représentant légal du groupe Servier, qui détale encore plus loin et se réfugie au dernier étage.

Au total, ce jour-là, au moins sept agents de protection payés par le labo grenouillent dans les couloirs. Pendant les interminables débats, deux membres de la fine équipe tuent le temps devant la salle : « T’as fait la formation tonfa, toi ? »

Protection [très] reprochée

Il est 18 h 45. Fin de l’audience.

« On se met en place », souffle la brune. Direction la porte latérale du tribunal, plus discrète. Le ballet est bien huilé : comme tous les jours, trois berlines avec chauffeur sont déjà en place. Claquements de portière dans tous les sens. Seta et ses « nounous » partent les premiers. Puis Canet, tandis que le reste des gros bras s’engouffre dans la troisième bagnole. Clac, clac, clac ! On se croirait dans « L’Enquête corse », de Pétillon…

Interrogé par « Le Canard », le groupe Servier confirme avoir fait « appel à une société de sécurité » en raison de « menaces » reçues « en amont du procès ».

Le nouveau Palais de justice, aux Batignolles, grouille pourtant de flics et d’agents de sécurité, sans compter les portiques à l’entrée, qui passent les sacs des visiteurs aux rayons X, comme à l’aéroport. Mais l’équipe de « sécu » de Servier est bien plus efficace, surtout pour tenir les caméras à distance…

Pour faire le filtre avec la presse, une communicante de Servier est même présente en permanence pendant les six mois d’audience. S’y ajoutent deux sténos et deux juristes payés par le labo. Ainsi que quatre ténors du barreau (dont Hervé Temime), flanqués d’un ou deux assistants.

« C’est un staff énorme, hallucine un avocat des victimes. Servier y consacre des dizaines de milliers d’euros par jour ! » Les victimes, elles, ont reçu, jusqu’ici, 44.000 euros d’indemnisation en moyenne…


Isabelle Barré. Le Canard enchaîné. 27/11/2019


Note personnelle de l’administrateur : Avec cette énumération, constaté cette débauche financière du laboratoire diffuseur du « Médiator » lors de ce procès, d’apprendre les trains de vie à la fois de la famille Servier, comme les sommes encaissées par les actionnaires, vous ne serez plus étonnés du prix des médicaments produits dans cette entreprise. mais nous ne faisons aucune illusion, c’est hélas, identique dans d’autres laboratoires. MC