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La réforme des retraites pénalisera encore plus les femmes

L’activité professionnelle croissante des femmes depuis les années 1960 a fortement contribué à leur autonomisation comme au financement des retraites. Mais l’écart des pensions entre les femmes et les hommes reste très important, il amplifie les inégalités de salaire. Tous régimes confondus, il est de 42 % pour les pensions de droit direct, contre 24 % pour les salaires.

Les femmes sont contraintes de partir en moyenne plus tard à la retraite que les hommes, elles subissent plus souvent la décote du fait de carrières trop courtes. Leur pension, trop faible, est plus souvent rehaussée par un dispositif de minimum de pension. La situation continue de se dégrader sous l’effet des réformes passées (allongement de la durée de cotisation, réduction des droits familiaux, etc.). Il est donc urgent d’en finir avec ces inégalités.

  • Nul besoin d’adopter le projet Delevoye de retraite par points à la place du système par annuités.

Bien au contraire ! Car, en dépit de la communication du gouvernement qui prétend que le nouveau système serait avantageux pour les femmes, la réalité est tout autre. Dans un régime par points, la pension doit refléter au plus près la somme des cotisations versées au long de la vie active. C’est une logique d’individualisation. En prenant en compte toute la carrière au lieu des vingt-cinq meilleures années pour le régime général ou des six derniers mois pour la fonction publique, un tel régime ne peut que faire baisser le niveau des pensions pour de nombreux et nombreuses fonctionnaires, et pour toutes les personnes aux carrières heurtées, d’abord des femmes.

Il intègre en effet les plus mauvaises années dans le calcul de la pension, alors qu’elles en sont actuellement exclues. Chaque période non travaillée, à temps partiel, en congé parental, au chômage, ou mal rémunérée, fournit peu ou pas de points : autant de manque à gagner pour la pension.

Les femmes sont les bénéficiaires majoritaires des dispositifs de solidarité (institués en 1945) ; or ceux-ci deviennent bien moins importants dans les régimes par points. Les inégalités de pension entre les sexes y sont donc très supérieures.

  • Que se passera-t-il pour les femmes en cas de séparation du couple ?

Enfin, le projet Delevoye prévoit une forte régression des pensions de réversion. L’âge d’ouverture du droit passerait à 62 ans (55 ans aujourd’hui au régime général et aucun seuil d’âge pour la fonction publique). Ce droit serait supprimé pour les personnes divorcées ou remariées.

Avec le nouveau calcul, de nombreuses personnes aux pensions pourtant faibles percevraient, lors du décès de leur conjoint, une pension de réversion bien plus faible qu’aujourd’hui.

Or la réversion représente aujourd’hui en moyenne le quart de la pension des femmes (et une part négligeable de celle des hommes) ; 90 % de ses bénéficiaires sont des femmes. Ce projet ne ferait donc que pénaliser encore les femmes. Il est inacceptable.

  • Néanmoins, le système actuel doit être amélioré. Citons quelques mesures qui profiteraient à une majorité et plus encore aux femmes. Tout d’abord, le minimum de pension doit être augmenté.

Certes, le projet prévoit qu’il serait porté à 85 % du smic net, soit 1 000 euros par mois pour une carrière complète. Mais c’était déjà un objectif inscrit dans la loi de 2003, qui devrait être une réalité depuis 2008 ! Pas besoin de changer de système de retraite pour respecter cet engagement.

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Collectif. Le Monde. Titre original : « la réforme des retraites pénalisera encore plus les femmes ». Source (extrait)