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Contre la précarité qui les touche de plein fouet, les jeunes projettent de déserter les bancs de l’université pour se joindre au mouvement social du 5 décembre.

[…] …au-delà des difficultés de vie, il s’agissait de « mettre la pression sur le gouvernement », confirme Tomek, 20 ans. « On a en travers de la gorge les réformes qui sont passées toutes ces dernières années, que ce soit Parcoursup ou l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, cyniquement intitulée Bienvenue en France », ajoute l’étudiant en philosophie et en histoire à Paris-I.

« À Paris, les loyers sont inabordables. »

Il est aussi question des retraites : « On galère maintenant pour faire nos études, mais on a de moins en moins l’espoir d’avoir du boulot. Même si on en trouve, on nous annonce que nos retraites vont se réduire comme peau de chagrin. 

[…] Directement concernée par la précarité étudiante, Anne (1), 27 ans, étudiante en sociologie à l’EHESS (École des hautes études en sociologie), vit en colocation en banlieue : « À Paris, les loyers sont inabordables. » Elle et ses colocataires se débrouillent : « Celui ou celle qui a un peu d’argent va faire les courses et on récupère de la nourriture », explique pudiquement la jeune femme, qui avoue être obligée de « frauder dans les transports ». Sans bourse malgré un avis favorable du rectorat, elle travaille depuis 6 ans comme caissière pour 500 euros par mois. « Entre les cours, les travaux universitaires à rendre et le boulot, je fais 70 heures par semaine… »

« Les prix du resto U ont beaucoup augmenté… »

Rachel, 18 ans, ne se considère pas en difficulté, même si elle est issue d’un milieu modeste : « Heureusement que je vis chez ma mère, à Issy-les-Moulineaux, car ce n’est pas avec l’argent que je gagne en faisant du baby-sitting que je pourrais payer un loyer », explique l’étudiante en administration économique et sociale. Elle compte bien aller manifester à Paris le 5, « pas seulement pour les étudiants, mais on fait partie de la société et il faut qu’on unisse nos forces ».

En attendant de se joindre aux mouvements sociaux de décembre, les étudiants multiplient les actions, notamment contre la précarité. Hier, ils ont lancé une opération « Resto U gratuit », dans celui de Tolbiac. « Les prix du resto U ont beaucoup augmenté, ce qui oblige au moins un étudiant sur 5 à sauter plusieurs repas par semaine », dénonce Tomek. De fait, en 2018, 24 000 étudiants ont dû avoir recours aux Restos du cœur. Une précarité qui nourrit une colère qu’ils ont bien l’intention de laisser exploser à partir du 5 décembre.


(1) Le prénom a été changé.


Eugénie Barbezat. Titre original : «Université. Les étudiants prêts à descendre dans la rue ». Source (extrait)

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De plus en plus d’étudiants aux Restos du cœur

Selon l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), 20 % des jeunes de 18 à 24 ans vivent en dessous du seuil de pauvreté. Lors du lancement, hier, de la 35e campagne hivernale de distribution alimentaire de l’association, son président Patrice Blanc a alerté sur le nombre croissant d’étudiants qui ont besoin d’une aide alimentaire. Ils étaient 24.000 l’an passé, victimes de la faiblesse des bourses et de la flambée des prix du logement, à grossir les rangs des quelque 900.000 bénéficiaires des Restos du cœur. L’association fondée par Coluche continue de souffrir de la suppression de l’ISF, qui depuis 2018, n’incite plus aux dons les plus aisés. Il pourrait manquer 6 millions à l’association, qui prévoit un budget de 195 millions d’€ en 2020.