Étiquettes

Peinture, sculpture, tapisserie, poterie, l’histoire de l’art, nous fut inculquée dès notre jeune âge (mon frère et moi) par l’activité de notre père peintre (qui pour faire bouillir la marmite était également professeur de dessin dans les lycées et collèges). Déjà au stade pré-ado cela faisait quelques années que notre père, entendait nous faire découvrir ce qu’il appelait avec un grand C : la Culture, celle qui assure l’émancipation de l’homme, de penser et d’agir par lui lui-même.

Littéraire d’abord avec les collections de la bibliothèque verte, puis la découverte des contes et légendes de différentes régions et pays, puis vinrent plus tard les « obligées » lectures et études des « classiques ».

Dans le Paris de ma jeunesse (peut-être que cela persiste aujourd’hui !) il était possible, les dimanches en matinées, de visiter des lieux diffusant gratuitement la culture, aussi en profitions nous (sous tutelle paternel ou de quelques instits, soucieux de formations, donnant bénévolement de leur temps), pour parcourir, soit : un musée mêlant histoire, géographie, connaissances ethniques, philosophiques, civilisationnelles (Louvre en particulier), soit : une initiation musicale donnée pour les scolaires au théâtre du Châtelet ou celui de l’étoile.

Dans ce cadre initiatique, figure à partir des années 1956 jusqu’en février 1961, l’achat de places de théâtre dans le cadre des comités d’entreprises de la mutuelle des professeurs de dessin (dont mon père était un des référents), des places pour les représentations du théâtre national populaire (TNP) dirigé par Jean Vilar.

C’est dans ce cadre que j’ai été amené à connaître des pièces mémorables, interprétées par des acteurs hors normes, une troupe de théâtres solidaire.

C’est aussi dans ce lieu – le théâtre du palais de Chaillot – la connaissance ou plutôt devrais-je dire la reconnaissance auditive du phrasé si typique, si reconnaissant, si exclusive de Gérard Philippe qui, sur cette scène immense du palais de Chaillot, remplissait l’espace, devenait l’espace, donnait corps et crédit aux héros des pièces qu’il interprétait, arrondissant et ciselant chaque mot, les faisant exister, comprendre.

Comme pour des milliers de spectateurs, il incarnera a tout jamais : Le Prince de Hombourg – Heinrich von Kleist, Les Caprices de Marianne – Alfred de Musset, Lorenzaccio – Alfred de Musset, Le Cid – Pierre Corneille, On ne badine pas avec l’amour – d’Alfred de Musset.

Il est la voix de Saint-Exupery, pilote d’avion perdu dans le desert, rencontrant le petit prince dans un disque mémorable lui rappelant entre autre « que l’ont voit bien qu’avec le coeur » faisant dire au renard « si tu veux etre mon ami, il faut m’apprivoiser ». Également, même si maintenant son jeu théâtral n’est plus de mise dans les films actuels, Georges, médecin déchu et alcoolique dans « Les orgueilleux », « Fanfan la Tulipe », un Don Juan dans « Monsieur Ripois », Julien Sorel dans « Le rouge et le noir », Octave Mouret dans « Pot bouille », Modigliani dans « Montparnasse 19 », ou Vicomte de Valmont dans « Les liaisons dangereuses ».

Je vivais avec et dans ces souvenirs de 60 ans … qui se diluait petit à petit dans ma mémoire vieillissante, lorsque est apparu ce livre écrit par Jérôme Garcin.

On disait beaucoup de bien de ce livre, mais récemment échaudé par quelques critiques dithyrambiques parues récemment dans un hebdomadaire (les Inrockuptibles) suivi ayant encensé un roman thriller qui ne m’avait pas convaincu loin de là, aussi ai-je entamé ce livre avec beaucoup de retrait.

Comment vous dire ces choses ressenties le plus simplement.

Jérôme Garcin par ses longues phrases parfaitement imagées, accompagnées de mots choisis très descriptifs, synthétisant parfaitement les émotions, la vie quotidienne et de l’époque et de l’artiste, m’a fait revivre des moments dema jeunesse, celle de l’adolescence insouciante, ouverte à la découverte théâtrale, à ces moment passés dans ce théâtre de Chaillot, remémorer mon émerveillement de découvrir des textes sublimes et l’art, l’expression théâtrale, son ordonnancement, ses codes, je me retrouvait par cette lecture, dans cette immense salle, me souvenant combien j’avais été troublé de voir ces et cet artiste sur scène ; oui Jérôme Garcin m’a fait revivre une page de ma vie.

Plus je tournais les pages, plus l’acteur était là près de moi, à tout jamais inscrit dans ma tête autant que dans mon cœur et j’ai vécu, avec ceux de son entourage, a son coté, ses tristes derniers jours .

Vous conseillez de lire ce livre, plutôt deux fois qu’une. Toutefois je ne sais s’il aura le même impact sur les lectrices-lecteurs qui n’auront pas connu, vu, entendu sur scène, cet interprète, ce « monstre envoutant » qu’était Gérard-Philipe.

Pour ma part, plus que de m’avoir fait découvrir des œuvres magistrales, qu’il aura marqué par sa présence théâtrale, il reste un des grands acteurs de son temps.