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C’est la question que pose le discours du pouvoir et de la majorité, [devant la négation des faits]. [Une] stratégie d’aveuglement et de manipulation […]

[…] Dans une lettre publiée sur Facebook, l’étudiant (A.) [qui s’est immolé à Lyon] a évoqué ses difficultés financières. Il a conféré une tonalité politique à son geste : « J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous·tes. » Et d’insister : « Je vise un lieu politique, le ministère de l’Enseignement supérieur et la recherche et par extension, le gouvernement. » 

  • Quelle est la réaction du pouvoir ?
  • La négation de la dimension politique de cette tentative de suicide.

À l’Assemblée nationale, répondant à la députée insoumise Danièle Obono qui accusait la politique sociale du gouvernement de tuer, le secrétaire d’État Gabriel Attal a déploré « l’incantation dangereuse » de l’élue jugée irresponsable. « Il n’est jamais un acte politique que de penser à mettre fin à ses jours », a-t-il proclamé, niant tout simplement les mots [que l’étudiant] avait pris soin d’écrire.

Quelques heures plus tard, sur la chaîne Public Sénat, sa collègue du gouvernement, Amélie de Montchalin, a entonné la même musique. « Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il s’agit d’un acte politique », a-t-elle déclaré. Pour elle, le danger viendrait « de certains groupuscules, certains militants politiques qui récupèrent » le drame.

[…]

Ce fut également le cas après le suicide, le 21 septembre, sur son lieu de travail de Christine Renon, cette directrice d’école à Pantin (Seine-Saint-Denis). Elle avait rédigé une longue lettre dans laquelle elle se disait « épouvantablement fatiguée », qui mettait en cause l’institution pour laquelle elle travaillait. Le jour de ses obsèques, le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer s’était fendu d’une vidéo de deux minutes, [dans lequel il est vital soigneusement de] prononcer le mot « suicide », préférant […] parler de la « disparition » de Christine Renon, « tragiquement décédée ». Il avait, en outre, comme ses deux collègues après lui, rejeté les difficultés sur les gouvernements précédents, se dédouanant de toute responsabilité.

Que dire aussi de la parole de l’exécutif concernant les violences policières pourtant ultra documentées depuis le début de la crise des gilets jaunes, et dont [plusieurs] enquêtes […] montrent qu’elles sont menées avec la complicité du ministère de l’intérieur au plus haut niveau ?

Toujours le même déni, le même refus de reconnaître la réalité.

  • Quid de Zineb Redouane, 80 ans, décédée à Marseille en décembre 2018 après avoir reçu une grenade lacrymogène alors qu’elle fermait ses volets ?
  • Quid d’Antoine Boudinet, étudiant qui a eu la main arrachée par une grenade à Bordeaux en décembre 2018 ?
  • Quid de Steve Maia Caniço noyé dans la Loire, à Nantes, dont le corps a été retrouvé le 29 juillet après avoir disparu un mois plutôt à la suite d’une charge policière ?

Tous ces noms – A., Christine, Maria, Zineb, Antoine, Steve, et bien d’autres – sont rayés du discours officiel qui refuse de se confronter au réel, préférant demeurer dans un monde fantasmé d’une politique juste et égalitaire alors qu’elle précarise et violente des citoyens.


[…] Manuel Jardinaud. Médiapart. Titre original : « Pire qu’un aveuglement: le pouvoir méprise la réalité ». Source (extrait)