Ça y est … le gouvernement semble avoir trouvé la parade à la grève 5 décembre 2019.

Ce sera grève « corporatiste » !!!

Autrement dit une grève qui ne concerne « QUE » quelques corps de métiers mais pas l’ensemble de la population. Sauf que l’ensemble de la population est concerné par le projet de réforme de la retraite telle qu’elle est proposée par ce même gouvernement. Alors nous répondrons qu’il n’y a rien de « corporatisme », c’est bien un mouvement contestataire national qui sera bien enclenché dès le 5 décembre. Un mouvement qui ne sera pas né uniquement « que » par la volonté d’une union syndicale, de certains corps de métier, mais bien par l’ensemble de la population lasse d’être passé constamment à la moulinette, alors que des actionnaires se remplissent les poches de la privatisation de tous les services publics dictés par l’union européenne et appliquer par tous ces gouvernements adeptes d’une économie libérale.

Il faut lire les titres de la presse « pro gouvernementale » pour se rendre compte de l’ « essai de dénigrement » « de rabaisser au rang de subalterne » le futur mouvement de grève du 5 décembre. C’est oublier qu’il n’y a pas que l’hôpital, la santé en général (manque de professionnels de la santé), les transports dont la SNCF, la RATP, l’éducation nationale, la sécurité nationale (police, gendarmerie), les pompiers, les Maires et les territoires, la justice, le monde carcéral, le monde de Pole emploi et les absences d’aides (chômage/chômeurs, APL, aux familles), sans oublier les affaires d’État, ni les revendications des gilets jaunes, les Féminicides, Le montant des loyers, le pouvoir d’achat, le prix de carburants, les différentes lois anti-liberticides, etc. en fait, c’est l’ensemble de l’activité de la société française qui de près (ou d’un peu plus loin) sera présente le 5 décembre dans les rues des grandes villes.

Sous ses répliques, sous ces attaques, se pointent en filigrane une peur. La peur que les manifestations dégénèrent et s’étendent. Nous avons lu, vu, analysez et ce, même si les médias n’ont jamais expliqué les raisons profondes des mécontentements et réelles, ce qui se passe dans le monde contre la mondialisation de l’économie ultralibérale, se dessine un mouvement contestataire pour que cesse l’oppression de certains, aux bénéfices de quelques-uns. Le grand risque de cette grève est bien analysé par ce gouvernement, d’où sa volonté de l’enrayer dans l’œuf… le pourra-t-il, c’est de moins en moins certain devant la montée populaire. MC


Dans « Le Monde » : une interview d’Agnès Buzyn (ministre de la santé) par Françoise Fressoz et Philippe Escande, titre : « La grève du 5 décembre sera très corporatiste ». Lien

« Cela va être dur. La grève sera très corporatiste. Des gens crient simplement parce qu’ils veulent garder leur régime spécial. Nous leur opposons un projet de société solidaire. J’espère que nous réussirons à convaincre l’opinion. »

Ainsi pour les Agnès Buzyn la grève ne serait qu’un problème de régime spécial appliquer dans le service public de la santé. Ces faire fi de tous les problèmes liés au désengagement de l’État dans la dotation financière des établissements hospitaliers, de la fermeture des lits du manque de personnel, du manque d’une santé active rurale obligeant bon nombre de patients à compter sur les services urgences sur saturé… MC


Pour « Le Figaro » au titre provocateur mitigé : « Réforme des retraites : la majorité s’en prend à une mobilisation «corporatiste» » par la plume de William Plummer. Lien

L’exécutif dénonce une grève mobilisant « avant tout » les salariés bénéficiant des régimes spéciaux. Le leader de la CGT, Philippe Martinez, balaie cette idée.

Voilà de sortie dès le préambule l’article, l’épouvantail maison : « Philippe Martinez de la CGT » qui pourtant poursuit son attaque déguisée dont on sent bien en filigrane une certaine réprobation vis-à-vis de la gestion gouvernementale de l’État. MC

Il n’y a pas l’ombre d’un doute : la grève du 5 décembre mobilisera « avant tout » les salariés bénéficiant de régimes spéciaux. Voilà, en somme, le discours tenu par le gouvernement et sa majorité. « Le 5 décembre est une mobilisation pour conserver des inégalités que nous ne pouvons ni ne voulons plus assumer », a en ce sens affirmé dans Le JDD, le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.

Vendredi c’est le président de la République lui-même qui a lancé l’attaque. Il a décrit la journée de mobilisation interprofessionnelle comme un mouvement dominé notamment par « de grandes entreprises de transport », avec « des demandes catégorielles qui pénalisent le reste de la société ».


Quant au duo Bruno Cautres-Maxime Tandonnet dans l’« Atlantico », proposent une analyse sur le thème « Mais qu’est ce qui fera marcher (ou pas) les Français le 5 décembre ? » Lien

Question: Une étude de BVA montre qu’une majorité de Français estime qu’Emmanuel Macron agit au jour le jour. Dans quelle mesure les mobilisations massives du 5 décembre illustrent-elle un mécontentent lié à l’absence de représentation politique satisfaisante ?

Bruno Cautres : L’enquête de BVA est un baromètre mensuel de la popularité de l’exécutif. Depuis le mois d’octobre cette enquête comporte deux indicateurs d’opinion sur l’Acte II du mandat d’Emmanuel Macron. Il est tout d’abord demandé aux Français leur opinion sur la manière dont Emmanuel Macron aborde la seconde partie de son quinquennat : en novembre, 38% déclarent qu’il « sait là où il va » et 61% déclarent qu’il « agit au jour le jour ». Les deux seules catégories de l’électorat pour lesquelles le pourcentage de ceux qui déclarent qu’Emmanuel Macron « sait où il va » sont les cadres et les sympathisants de LR-EM. Chez les ouvriers et employés, les sympathisants LR le pourcentage de ceux qui déclarent qu’il « agit au jour le jour » approche 70% et chez les sympathisants RN il approche 80%. La seconde question posée aux Français concerne leur opinion sur les résultats de l’exécutif vis-à-vis de son objectif de réforme du pays : en novembre, 14% déclarent que l’exécutif y travaille et obtient déjà des résultats, 29% qu’il y travaille et obtiendra des résultats d’ici la fin du quinquennat et 57% qu’il n’obtiendra pas de résultats d’ici la fin du quinquennat. A nouveau c’est au sein des catégories populaires que le doute est le plus fort sur les résultats du programme de réformes, mais aussi chez les 50-64 ans, les sympathisants de la LFI et du RN.

Le doute sur la capacité réformatrice de l’exécutif s’est donc installé, mais plus particulièrement au sein de certains électorats. On voit que l’on a une mosaïque sociale et politique d’électorats qui expriment ces doutes, mais avec des catégories plus encore que d’autres dans le doute. On sait par ailleurs que dans plusieurs secteurs professionnels, la mobilisation pour le 5 décembre est partie de la base. Il y a donc à la fois une sorte de « front uni » de catégories différentes, mais avec des points de ressemblance (les catégories populaires, les oppositions les plus radicales) et des différences dans les motivations de la mobilisation.  En termes d’absence de représentation politique satisfaisante, il faut aussi dire que cette mobilisation arrive à un moment donné où la popularité d’Emmanuel Macron est à nouveau en légère baisse, avec un phénomène de progressive érosion, y compris de son socle électoral.

Maxime Tandonnet : Cette mobilisation correspond à un climat général de mécontentement. « En ce moment notre pays, je trouve, est trop négatif » a reconnu le chef de l’Etat lui-même devant les étudiants à Amiens. Ce propos est particulièrement révélateur d’un état de révolte qui fermente. Le niveau de confiance dans le pouvoir politique est au plus bas. 28% selon Elabe le 7 novembre et encore plus faible pour le Premier ministre (26%). 

De fait, l’actuel mandat présidentiel marque l’apothéose d’une dérive de la vie politique française qui remonte à l’adoption du quinquennat. Un président de la République devrait en principe personnifier l’autorité, la permanence des institutions, l’unité nationale. Or bien au contraire, par sa posture quotidienne, il incarne en fait les soubresauts de l’actualité jour après jour : Whirlpool, les étudiants, la lutte contre la pédo-criminalité, les retraites, la chasse, les violences conjugales, la banlieue, l’Amazonie, l’immigration, la laïcité, etc.

Sa présence médiatique permanente, sa parole intarissable, produisent une violente accélération de l’usure du pouvoir. La profusion des mots et des apparitions est perçue comme le voile d’une déconnexion des réalités et du renoncement à traiter les problèmes de fond. Et puis, à travers cette débauche de communication, il donne lieu au soupçon de préparer avant tout sa réélection. Le plus étrange est qu’il ne paraisse pas avoir conscience de cet effet délétère. Or, une réforme difficile, contre les syndicats, ne peut réussir qu’avec l’appui de l’opinion publique. La crise de confiance actuelle ne se prête pas à une épreuve de force.


Bien évidemment nous aurions pu piocher également des articles dans le quotidien « La Croix » que dans celui de « l’humanité », « libération », etc. mais chacun le sait, l’écoute des médias télévisuels et radiophoniques fera pencher au moins dans une partie de la population (celle la plus soucieuse de son bien-être personnel que d’analyser le mal-être dans lequel est la société actuelle), reprendre à son compte l’information brute et balancera en faveur de l’idée que ce ne sont que des corporations qui veulent garder leur pré carré, acquiesçant ainsi la sémantique du gouvernement.

Qu’importe cette journée du 5 décembre 2019 sera à n’en pas douter non pas une réussite, car dans ce qualificatif il n’y a pas « de réussite » dans un mouvement revendicatif lorsqu’il est justes, il devient juste une normalité pour abattre certains privilèges, retrouver une équité et une égalité en tout point et pour tous les Français, sans aucune exception. MC